Réduire les caractères Augmenter les caractères Augmenter les contrastes Imprimer

Affichage détaillé (Toute l'histoire du département)


La Commune de Paris

Le 17/03/2021 par Marjorie Groult

La Commune de Paris se déroule du 18 mars au 28 mai 1871. A priori, ce mouvement insurrectionnel touche essentiellement la capitale et quelques grandes villes du pays. Mais, il concerne aussi le département de la Manche, notamment parce que plusieurs Manchois y ont participé.

Ce 18 mars 1871, la France vient de subir une lourde défaite à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870 qui a pris fin le 29 janvier 1871. L’occupation de plusieurs départements français, l’annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, des mois de famine dans un Paris assiégé, marquent profondément les Français. En vertu de la convention d’armistice, des élections sont organisées en février 1871. Elles débouchent sur la formation d’une Assemblée nationale où les monarchistes, légitimistes et orléanistes, mais aussi les partisans d’une paix rapide avec l’empire allemand sont majoritaires. Adolphe Thiers est élu « chef du pouvoir exécutif de la République française ». Après avoir résisté pendant plusieurs mois aux troupes prussiennes, le peuple parisien a, quant à lui, massivement voté pour des candidats républicains ou radicaux. Plusieurs décisions du gouvernement telles que la décapitalisation de Paris au profit de Versailles, viennent s’ajouter à son état d’esprit contestataire. Face aux tensions, Adolphe Thiers ordonne le désarmement de Paris et la réquisition des canons de la Garde nationale, achetés par souscriptions publiques, qui avaient lors du conflit été mis en sécurité dans les quartiers populaires tels que la butte Montmartre, la Villette ou Belleville. Le 18 mars, l’armée entre dans Paris, provoquant la colère des Parisiens et le début de l’insurrection.

Illustration 1
Gravure extraite " Histoire de la Commune de Paris en 1871" par de La Brugère; Paris, Fayard, 1875 (BIB C 1327).

Parmi les insurgés, se trouve un Manchois : Émile Eudes, né à Roncey le 12 septembre 1843 et mort à Paris le 5 août 1888. Monté dans la Capitale pour ses études, il y fréquente les milieux révolutionnaires et adhère au blanquisme, mouvement politique créé par Auguste Blanqui, révolutionnaire socialiste interné à la prison du Mont Saint-Michel sous la monarchie de Juillet. Le 18 mars, il est à la tête des Gardes nationaux du bataillon de Belleville et s’empare de l’Hôtel de ville. Le 22 mars, il est nommé délégué à la Guerre avec le grade de général par le Comité central. À la suite des élections du 26 mars, il intègre le Conseil de la Commune, dont la majorité est représentée par les jacobins, les blanquistes et les indépendants. C’est d’ailleurs lui qui propose de nommer cet organe : « Commune de Paris ».  Les 3 et 4 avril 1871, il organise une marche sur Versailles, avec plusieurs milliers d’hommes de la Garde nationale, qui se solde par un échec. Du 21 au 28 mai, pendant la Semaine sanglante, il participe aux combats sur les barricades de la rue de Rennes, mais doit se replier. Il parvient à quitter Paris pour la Suisse, puis pour Londres. Il est condamné à mort par contumace le 3 août 1872. Ce n’est qu’en 1879 qu’il regagne la Capitale, à la suite de la promulgation de la première loi d’amnistie du 3 mars dont peuvent bénéficier les insurgés condamnés. L’acte de naissance d’Émile Eudes est conservé aux Archives de la Manche et consultable en ligne.

Illustration 2
Gravure extraite " Histoire de la Commune de Paris en 1871" par de La Brugère; Paris, Fayard, 1875 (BIB C 1327).

Ainsi, bien qu’aucun mouvement communard n’ait eu lieu dans la Manche, le département est concerné : plusieurs autres Manchois participent à la Commune. C’est par exemple le cas de Jules Lerouge, originaire de Coutances, qui après avoir participé aux combats contre les Prussiens, se retrouve à combattre l’insurrection de la Commune dans l’armée versaillaise, du 12 avril au 7 juin 1871. Citons également Béatrix Excoffon, de son vrai nom Julia Béatrix Euvrie : née à Cherbourg, cette jeune femme alors âgée de 21 ans porte secours à de nombreux blessés du fort d’Issy lors de la marche sur Versailles, grâce à une ambulance mobile dont elle est responsable. Elle participe aussi activement aux combats de la Semaine sanglante.

En effet, la Commune s’achève dans la violence : l’armée régulière, venue de Versailles, plus nombreuse, plus disciplinée et mieux équipée, parvient à entrer dans Paris le 21 mai 1871. C’est le début de la Semaine sanglante. Les insurgés défendent la ville à l’aide de barricades, des monuments emblématiques du pouvoir tels que le Palais des Tuileries, la Cour des comptes, le Palais-Royal et l’Hôtel de ville sont incendiés par les Communards dans leur retraite ; les Archives nationales évitent de peu l’incendie grâce à l’entregent de son directeur. Des dizaines d’otages, bourgeois, et en particulier des groupes de prêtres, ainsi que l’archevêque de Paris, emprisonnés depuis la semaine sainte sont exécutés par les insurgés. Les combats, dont les derniers se déroulent au cimetière du Père Lachaise le 27 mai, sont meurtriers : plusieurs milliers de personnes sont tuées dans les deux camps. Au total, on estime à 40 000 le nombre de Communards arrêtés, dont 15 000 pendant la semaine fatidique, donnant lieu à des condamnations et à des déportations. Il faut attendre la loi d’amnistie du 11 juillet 1880 pour que les condamnés soient amnistiés ou graciés.

Lors de la Semaine sanglante, les troupes versaillaises font de nombreux prisonniers. Ainsi, les prisons parisiennes ne suffisent pas à tous les contenir. Cherbourg fait notamment partie des villes choisies pour les accueillir, avec Brest, Lorient et Rochefort. On aménage dans ces cités près de vingt-cinq vieux vaisseaux qui deviennent des prisons flottantes. Au total, près de 30 000 prisonniers y sont incarcérés en attendant leur jugement. Huit navires font office de prison à Cherbourg, et deux navires-hôpitaux sont mis en place pour soigner les prisonniers malades. La place manquant encore, les forts de la digue, de l’île Pelée, du Homet et du Roule sont aussi utilisés. Au total, près de 5 000 insurgés ont été emprisonnés à Cherbourg ou ses alentours (200 sont en effet été déplacés vers les îles Saint-Marcouf et 100 à Chausey).

Le 1er juin 1871, le journal républicain La digue de Cherbourg dénonce les conditions dans lesquelles sont acheminés les prisonniers pour arriver à destination : en effet, ces derniers voyagent dans des wagons à bestiaux surchargés. Leur détention n’est guère plus réjouissante, entre le manque d’hygiène, de lumière, et une mauvaise alimentation. Le journal lance, à l’automne 1871, une pétition demandant l’amnistie des prisonniers détenus à Cherbourg. À la suite de cette prise de position, le rédacteur en chef se voit contraint de démissionner et est condamné à six mois de prison et 5 000 francs d’amende malgré des soutiens importants comme celui de Victor Hugo. L’événement entraîne la dissolution du journal dès 1872.

Illustration 3
Gravure extraite " Histoire de la Commune de Paris en 1871" par de La Brugère; Paris, Fayard, 1875 (BIB C 1327).

Pour aller plus loin :

Bibliographie :