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Savants et inventeurs de Normandie

Le 13/01/2021 par Marjorie Groult

Les Normands ont de l'imagination et du talent !

Au fil des siècles, nombre d’entre eux ont participé aux progrès scientifiques ayant marqué l’histoire.

Parmi eux, des Manchois célèbres, qui ont laissé leur empreinte dans plusieurs domaines : en médecine tout d’abord, avec le célèbre Félix Vicq d’Azir (1748‑1794), médecin né à Valognes, considéré comme le père de l’anatomie comparée en France. Membre de l’Académie française, médecin de la reine Marie‑Antoinette, il a mené de nombreux travaux sur l’anatomie humaine et animale. Il est par exemple à l’origine de l’interdiction des sépultures au sein des églises, qui était un facteur de propagation d’infections et d’épidémies. Il a aussi travaillé sur une grave épizootie touchant les bovins en 1775, donnant lieu à la création de la Société royale de médecine dont le but premier est d’étudier les maladies épidémiques.

Dans le même domaine, on peut également citer Félix Mesnil (1868-1938), médecin zoologiste né à Omonville‑la‑Petite qui a mené des recherches pour l’Institut Pasteur, étudiant notamment les maladies dites « coloniales » telles que la maladie du sommeil ou le paludisme.

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La Manche compte également plusieurs astronomes à l’origine de découvertes essentielles.

On doit à Urbain Le Verrier (1811-1877) par exemple le développement des services météorologiques, grâce à la création de 24 observatoires sur tout le territoire français, puis un total de 59 dans toute l’Europe en 1865. Mais sa découverte la plus importante reste la planète Neptune en 1846. Cependant, cet astre aurait été observé auparavant par un autre astronome originaire de Courcy, Michel Lefrançois de Lalande (1766-1839).

Citons également Emmanuel Liais (1826-1900), astronome et explorateur, né à Cherbourg. Cet amateur d’horticulture a également participé, lorsqu’il travaillait à l’Observatoire de Paris, à la création du bulletin météo au côté de Le Verrier, mais aussi à la mise au point d’un micromètre impersonnel permettant de déterminer de façon plus précise la position des étoiles. Directeur de l’Observatoire de Rio de Janeiro, il y découvre une comète et étudie également la faune et la flore du pays.

Enfin, le Donvillais Lucien Rudaux (1874-1947) est également un astronome reconnu. Ses carnets d’observations et relevés sur les planètes, complétés de dessins et parfois de photographies, montrent sa parfaite connaissance du système solaire.

Le 29 mars 1894, il construit dans le jardin des Gerbettes à Donville-les-Bains un pavillon astronomique : muni d’un toit tournant, il permet une observation continue de la voûte céleste. Lucien Rudaux y accomplit pendant dix ans de nombreuses observations et des relevés réguliers avec une lunette astronomique Secrétan de 95 mm d'objectif à monture équatoriale. En 1903, il construit un deuxième observatoire, plus grand, non plus en bois mais en pierre, sur le terrain du Clos Traversin, face aux Gerbettes. Pour compléter, voire illustrer ses notes, Lucien Rudaux réalise énormément de clichés. Pour ce faire, il installe une chambre photographique sur sa lunette et aménage, à côté de son observatoire, un pavillon de photographies solaires. Il publie également plusieurs ouvrages et articles dans différentes revues, toujours avec le souhait de vulgariser et rendre accessibles les connaissances astronomiques.

Lors de la fondation du Palais de la Découverte en 1937 par Jean Perrin (1870-1942), prix Nobel de physique, et à l'occasion de l'Exposition internationale " Arts et techniques dans la vie moderne ", Lucien Rudaux réalise la section astronomique : il crée plusieurs dioramas de paysages extraterrestres, construit un globe lunaire et peint plusieurs fresques dans les salles de l'univers stellaire.

Il s’intéresse également à la météorologie et aménage en 1902 une petite station météorologique à côté de son observatoire. Il effectue des relevés réguliers, soigneusement notés dans ses petits carnets, et en tire des conclusions sur le vent et ses conséquences sur la végétation, sur la forme des nuages, ou encore sur les aurores boréales.

Véritable touche à tout, il participe en 1908 et 1909 à des missions d’exploration des Pyrénées sous-terraines organisée par Édouard-Alfred Martel (1859-1921), éminent géologue et fondateur de la spéléologie. De ces deux explorations, Lucien Rudaux a laissé de nombreux clichés et trois carnets de notes et de dessins, véritables témoins de ce qu'était une mission de spéléologie au début du XXe siècle.

Enfin, il réalise de nombreux reportages ethnographiques sur les activités maritimes manchoises. Pêche, récolte du varech, travail des agents des Ponts et agents des Ponts et Chaussées à bord du navire baliseur l’Augustin-Fresnel sont ainsi photographiés par ses soins. Les archives photographiques du Lucien Rudaux sont aujourd'hui conservées par les Archives de la Manche (Fonds Lucien Rudaux, 66 Fi).

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Lucien Rudaux dans son petit observatoire, [1903-1928] (Archives de la Manche, fonds Lucien Rudaux, 66 Fi 901-1).

Aussi, les Manchois semblent attirés par les airs : on compte en effet plusieurs pionniers de l’aviation à l’origine de grandes découvertes.

L’un des plus connus est Félix Amiot (1894-1974), industriel originaire de Cherbourg, qui a construit de nombreux avions de tourisme et militaires et invente en 1915 un procédé révolutionnaire d’assemblage de pièces métalliques par emboutissage. Il dirige plusieurs usines de construction d’avions, certains des modèles y étant fabriqués battent d’ailleurs des records de vitesse. En 1956, il se lance dans la construction navale dans sa ville d’origine et fonde les Constructions mécaniques de Normandie. Ses navires militaires ont un succès inattendu, avec pas moins de cinq bâtiments commandés par Israël en 1967. Celles-ci seront à l’origine de la célèbre affaire des vedettes de Cherbourg en 1969, la marine israélienne s’en emparant malgré l’embargo sur les armes décrété par le général De Gaulle durant la guerre des Six Jours.

La ville de Cherbourg compte d’autres aviateurs, tels que Félix du Temple (1823-1890). Dans les années 1850, il étudie le vol des oiseaux et invente une machine de « locomotive aérienne » qui lui vaudra quelques essais malheureux. L’un de ses prototypes d’avion fabriqué à Cherbourg est présenté à l’exposition universelle de 1878. Il s’oriente ensuite vers l’industrie, fabriquant des chaudières à vapeur pour la Marine nationale.

On peut également évoquer le Cherbourgeois Maurice Hurel (1896-1982), ingénieur aéronautique qui a conçu plusieurs modèles d’avions et hydravions dont le bimoteur HD-34, aux ailes à grand allongement, adapté au travail de photographie et de cartographie, qui a été utilisé par l’Institut géographique national.

Enfin, citons Léon Levavasseur (1863-1922), né au Mesnil-au-Val, créateur de moteurs ultra‑légers pour l’aviation mais aussi du premier monoplan, l’Antoinette, et d’un simulateur de vol, tous les deux utilisés par l’armée en 1910 pour ses entrainements.

Vous pouvez retrouver tous ces personnages illustres et bien d’autres dans Savants et inventeurs de Normandie, de Serge et Henny Sochon, consultable aux archives de la Manche.

Et pour plus d’informations sur Lucien Rudaux, n’hésitez pas à consulter l’ouvrage De la terre aux étoiles : Lucien Rudaux, 1874-1947, de Sophie Poirier-Haudebert, réalisé à l’occasion de l’exposition éponyme qui s’est déroulée aux Archives de la Manche du 17 décembre 2010 au 30 avril 2011.

Bonne consultation à tous !

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Savants et inventeurs de Normandie ; BIB C 4982