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Cours de Jean-Michel Bouvris

Le 08/10/2012

Exercice de paléographie #1 2012-2013 donné à l'occasion des ateliers d'initiation à la paléographie

Définition de la Paléographie

Concerne l’écriture qui comprend : 

  • les supports de l’écriture
  • les instruments de l’écriture

Vient de 2 mots grecs :

  • palaios = ancien et graphein = écrire
  • Science qui permet de déchiffrer des écritures anciennes sur supports souples tels les tablettes d’argile, les tablettes de cire,  le papyrus, le parchemin, le papier.

La paléographie est à différencier de :

  • L’épigraphie = écriture sur support dur : pierre,
  • La numismatique = écriture sur métal, comme sur la monnaie
  • La sigillographie = étude des sceaux,
  • La diplomatique = critique des textes, des diplômes, savoir reconnaitre un faux, savoir reconnaitre d’où vient l’acte. 

La paléographie est une science auxiliaire de l’histoire, comme la généalogie, l’héraldique, etc. Elle permet de dater un document et de voir de quelle région vient cet écrit. Selon les régions, la façon d’écrire et les formulations sont différentes.

Les supports de l’écriture

1er Support, d’origine minérale

  • Tablettes d’argile : très utilisées  dans le Moyen-Orient au Nouvel Empire égyptien.

(quantité de correspondances diplomatiques ont été découvertes à Tell-el-Armana, cité d'Amen-Hotep IV, alias Akhenaton)

Un ostracon (au pluriel ostraca) est un tesson de poterie ou un éclat de calcaire utilisé dans l'antiquité comme support d'écriture.

Egyptiens, grecs, romains et d'autres utilisèrent l'ostracon.

Un exemple significatif est celui de ceux retrouvés en grand nombre (près de 30 000!) dans le village antique de Deir-el-Medineh, vase clos où vivaient les ouvriers creusant les hypogées royaux du Nouvel Empire.

Brouillons, correspondances, inventaires ou rapports brefs, dessins satiriques, etc. illustraient ces ostraca

En Grèce antique, le bannissement d'un citoyen entraînait l'inscription de son nom sur une céramique, d'où le nom d'ostracisme.

  • Tablettes de cire : utilisées depuis 2000 ans av. J.-C

Il s’agit d’une planchette en bois sur laquelle on enduit de la cire, on écrit avec un stylet, on l’utilisait encore à Rouen jusqu’au Second Empire. Permet d’effacer et réécrire à l’infini sur cette tablette, ce qui rend celle-ci peu onéreuse. Elle était utilisée par exemple sur le marché…

Le support peut aussi être en ivoire ou en os.

La spécialiste des tablettes médiévales : Elisabeth LALOU   

2ème Support : d’origine végétale

  • Le Papyrus : roseau de grande taille qui pousse dans le delta du Nil, on utilise l’enveloppe de la tige que l’on coupe en bandes minces et l’on entrecroise ces bandelettes. Il va avoir une destinée assez longue mais moins que les tablettes de cire. De l’Egypte, il est introduit vers l’Occident : Grèce, Italie, Gaule. La Sicile jusqu’au XIIIe siècle va fournir du papyrus. Il est utilisé pour les actes souverains mérovingiens jusqu’en 675, quelques actes restent aux archives nationales, et par la chancellerie papale pour les bulles jusqu’en 1051.

Il peut se présenter sous forme de volumen : on enroulait le papyrus autour d’un cylindre.

3ème Support : d’origine animale

  • Le Parchemin : mouton pour la francine, bœuf, chèvre   et le veau pour le velin

Inventé en Asie Mineure à Pergame. Membrana pergamina origine du parchemin au IVe siècle jusqu’au XVIe, XVIIe siècle.

Plus résistant que le papyrus, on peut le réutiliser en grattant, on a alors un palimpseste. Avec le parchemin, c’est la naissance du livre. Le parchemin était réalisé par les parcheminiers jusqu’à la fin de l’ancien régime. On soude de longues bandes de parchemins qu’on enroule, on a des roles ou rouleaux, « rôle » … terme d’ailleurs encore présent dans certaines administrations, indiquant une notion de papier « important »… (Trésor Public !) Les mots « contrôle » ou « enrôler » viennent de la même famille. On coupe le parchemin en feuillets, on les coud et réalise des cahiers ou codex, d’où la codicologie, l’étude des cahiers ou assemblage des manuscrits.

Le métier de parcheminier existait dans le département de la Manche, notamment à Coutances, Villedieu…  Les parcheminiers étaient installés près de l’eau…(à vérifier,  ils devaient tremper, laver les peaux… etc.)

Voir dans l’encyclopédie d’Alembert, l’article très complet sur la description du métier de parcheminier.

4ème Support :

  • Le papier : invention chinoise du Ier siècle av. J.-C, fabriqué à partir de déchets de chanvre, d’écorces d’arbre, de chiffons et jusqu’au VIIIe siècle. De Samarcande en Ouzbékistan, il va être véhiculé vers l’ouest par les Arabes, en 600 , en 900 au Caire, en 1100 au Maroc et il va être introduit en Europe par l’Espagne – bréviaire de Silos, au début du XIIe siècle -, en Italie vers 1200, en France en 1243, 1248, registre d’Alphonse de Poitiers, frère de St Louis. Les plus anciens en France sont à Marseille.   

On ajoute de l’écorce d’arbre dans la fabrication.

Le papier va se répandre au XIVe siècle, premières mentions de moulins à papiers près de Troyes en Champagne en 1348, à Ambert mention précoce de moulins en 1493 et à la fin du XVe siècle les papeteries d’Arches. En 1655, création du papier timbré généralisé pour les actes authentiques.

Les instruments de l’écriture

 Les outils du scribe 

  • Le style ou le stylet : instrument métallique qui permet d’écrire sur les tablettes en os en ivoire. On peut en retrouver sur des sites archéologiques.        

Une extrémité est pointue pour écrire, l’autre plate pour effacer, quand la pointe est émoussée, on s’en sert pour régler le parchemin au dos = faire des lignes

  • Le calame : morceau de roseau taillé
  • La plume d’oiseau dont il est parlé depuis le Ve siècle, le plus souvent une plume d’oie mais aussi vautour, pélican, corbeau, cygne, coq de bruyère, la 3ème ou 4ème plume de l’aile gauche.
  • La plume métallique apparait au XVIIe siècle mais s’affirme au XVIIIe et se généralise au XIXe
  • Le crayon à papier. (XIXe)

Les encres

  • L’encre noire fabriquée à l’origine à partir de la noix de gale ou galle, parasite trouvée sur les feuilles de chêne, puis à partir de substances minérales, le sulfate de fer ou de cuivre (= vitriol).

Le Moyen-Âge nous a laissé des recettes pour fabriquer l’encre mais cette encre vire au brun et pâlit, la lampe de Wood - lumière aux  ultraviolets - permet la lecture en cas d’effacement, elle augmente les contrastes.

Sur les manuscrits :

  • L’encre rouge est utilisée pour les rubriques (les titres),
  • L’encre verte, bleue et jaune pour les lettrines initiales,
  • L’encre métallique : or ou argent (Manuscrits du Mont St Michel).

La lettrine est la première lettre très ornée, la miniature vient de l’écriture faite à l’encre rouge à base de minium.

Définitions de quelques termes :

comme pour toute discipline, il y a un jargon, un langage propre.

  • Le jambage d’une lettre

Elément vertical ne mordant pas sur l’interligne terminé par une partie courbe descendant

sous l’interligne      

i = un jambage

n = deux jambages ou u, v

m = trois jambages ou ni, in, ui, iu, ju, uj, vi, iv,.

  • La hampe : b est un prolongement vertical vers le haut.
  • La haste : (de hasta = la lance en latin)    p prolongement vertical vers le bas
  • La panse : courbe fermée du   p  (trait arrondi accolé à une haste)
  • La boucle : courbe non fermée  d’une lettre, partie arrondie en bas d’une lettre = f
  • La ligature : trait qui accole deux lettres exemples : st, er, en
  • La queue : trait vers le bas plus ou moins vertical dans le dessin d’une lettre, affecte les   
  • lettres q et g (se passe sous la ligne)
  • Le paraphe : dessin enjolivé qui survient à la fin de certains documents (accompagne la signature)  « signe avec paraphe » est à noter dans les transcriptions.
  • ductus : tracé d’une lettre  en arrondi vers le haut au = avoir
  • Le trait de plume  en fin de ligne

LES ABRÉVIATIONS

sont là pour 2 raisons :

  • gagner du temps
  • économiser le support (le papier)

5 catégories :

1) Les abréviations par suspension.

L’abréviation porte sur la fin du mot.

qui consiste à laisser un mot inachevé. Dans les textes anciens se fait avec un point à la suite du mot = signe abréviatif.

mat. = matière, W. = Willelmus – Guillaume. Ces abréviations sont nombreuses, anciennes et signalées par un tilde. Tilde vient du latin titulum (verbe titulo = abréger)

tilde = trait plus ou moins horizontal, signe avertisseur d’une abréviation qui n’est pas toujours la même.  ann = année, Jeh = Jehan, tourn = tournois, ven = venant,

on trouve des tildes ascendants  au = avoir, tend = tendant

des tildes descendants  led = ledit, ass = assavoir, assis

2) Les abréviations par contraction.

qui consiste en la suppression d’une ou plusieurs lettres à l’intérieur d’un mot. Elles sont nombreuses et fréquentes et sont aussi annoncées par un tilde, trait horizontal, courbe ou vertical, placé soit au dessus soit à la fin  du mot faisant penser à une suspension. On peut en trouver deux dans un même mot.

  • lres = lettres (le tilde traverse la haspe)
  • mlt = moult
  • Kl = Kalendes (par contraction et par suspension)
  • dce = dicte
  • nre = nostre
  • hrs = hoirs ou heirs, les héritiers
  • hoe = homme, soe = somme, noe = nomme, coe = comme.
  • pbre = prebstre
  • aon = ation, comme dans obligaon  = obligation, obligacion, obligassion.
3) Les abréviations par sigles.

est un mode d’abréviation par suspension poussé à l’extrême, on ne met que la lettre initiale, type très ancien utilisé sur les inscriptions lapidaires à l’époque romaine. Il y en a peu.

A = annus, C = consul, W = Willelmus, RPR = religion prétendue réformée.

utilisées pour mesurer  les quantités de capacité :

b = boisseau (boissel) = env.1/2 hectolitre = 50 litres

les unités monétaires :

l = livres, l.t. = livres tournois

s. = sol (sou), d = denier                      une livre = 20 sous = 240 deniers

et une particularité la lettre q = que =            

4) Les abréviations par lettres suscrites.

qui consiste à écrire au dessus d’une lettre une autre petite lettre placée en exposant pour indiquer: - soit la suppression d’une lettre à l’intérieur d’un mot 

  • soit la terminaison d’un mot 

Les lettres suscrites sont plus souvent des voyelles que des consonnes.

Type d’abréviation par contraction

  • mre    = messire
  • me     = maistre
  • vve    = veufve, vefve
  • adat   = advocat
  • pi      = pri                  
  • pi vilege = privilege          
  • qi     = qui                   
  • cinqte     = cinquante
  • relligx = relligieux        
  • ti     = tri
  • tpot = tripot = halle au blé
  • tiege =  triege ou triage : partie de territoire commun dont le seigneur peut en obtenir 1/3 à condition qu’il en reste 2/3 en territoire commun – devenu un terme générique signifiant un quartier.
5) Les abréviations par signes spéciaux.

Ce sont parfois les signes tironiens ou notes tironiennes du nom de Tiro, scribe affranchi de Cicéron qui utilisait 13000 mots pour consigner les discours de son maitre, encore très utilisé au Moyen-Age puis tombé en désuétude au XIe siècle.

1-Le tilde : barre horizontale, verticale ou courbe, placé au dessus du mot, c’est un signe avertisseur.
2-Signe se rapprochant du chiffre 7

restitution des groupes de lettres er ou ir ou re ou ri

mat7es = materes pour matieres

mat7eaus = matereaus pour materiaux

s7ge~t = sergent = sergeant

ent7igner = enterigner pour enteriner

p7tenda~t = pretendant

h7itable = heritable

v7itable = veritable               

3-Signe se rapprochant du chiffre 9

restitution du groupe de lettres = us

domin9 = dominus = seigneur             to9 = tous      no9 = nous     vo9 = vous

4-Signe se rapprochant du chiffre 2

restitution du groupe de lettres ur

nat2e=nature    amo2=amour    jo2 = jour      po2 = pour    iobo2g = Jobourg

5-Signe ayant la forme d’un C retourné

risque de confusion avec le chiffre  9

com ou con

Tous les mots commençant par con, contraire, consentement, contrat, constitution.

6-Signe affectant la lettre p
  • a)  p barré au niveau de la haste : 3 possibilités : per, par, por (por étant moins répandu)

plem~t = parlement

p = par

pmission = permission

psonne = personne

proisse = parroisse

  • b)  p = pro

pchain = prochain et les mots commençant par pro  procureur, professeur, procession

  • c) p = pre

premier, presidial, president, prevost

7-Signe équivalent à la conjonction de coordination et  &= et
Illustration 1