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La guerre de 1870-1871

Le 13/10/2020 par Marjorie Groult, Alexia Chenel

Dernier conflit du XIXe siècle à toucher le territoire national, la guerre de 1870-1871 constitue un moment clé de notre histoire contemporaine.

En 1870-1871, la France affronte les états allemands emmenés par le royaume de Prusse de Guillaume Ier et son ministre-président, Otto von Bismarck. Cette guerre a été peu à peu effacée des mémoires, probablement éclipsée par les ravages des deux guerres mondiales.

La candidature au trône d’Espagne du prince Léopold Hohenzollern-Sigmaringen est la première étape d’une série d’événements qui mène à l’affrontement. L’accession de ce cousin de Guillaume Ier à la dignité royale constituerait, en effet, pour la France de Napoléon III, un risque d’encerclement que ne peuvent accepter l’empereur et son gouvernement.

En juillet 1870, des tractations diplomatiques ont donc lieu entre la France et la Prusse. À son issue, Bismarck rédige un télégramme officiel – la célèbre « Dépêche d’Ems » – dans lequel il laisse entendre que Guillaume Ier aurait eu des propos humiliants envers l’ambassadeur de France. Envoyée à toutes les ambassades européennes et relayée par la presse, le document a « sur le taureau gaulois l’effet d’un drapeau rouge » . Bismarck espère en effet qu’un conflit lui permette d’achever l’unification des états allemands. La réaction du gouvernement français ne se fait pas attendre : le 19 juillet, dans un climat nationaliste, la France déclare la guerre à la Prusse. S’ensuit alors un conflit marqué par de nombreuses défaites militaires françaises, par le siège de grandes villes – dont celui de Paris qui dure cinq longs mois –, et surtout par la chute du Second Empire et la naissance de la IIIe République.

La guerre de 1870-1871 a, en outre, des conséquences importantes : l’occupation de plusieurs départements français, l’éclatement d’un épisode révolutionnaire – la Commune de Paris – mais aussi l’annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine.

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La guerre illustrée et le siège de Paris, 1 PER 257

Le département de la Manche n’est pas directement impacté par le conflit. La majorité des combats se situe dans l’est et le nord de la France, autour de la capitale et dans le bassin de la Loire. Si la Seine-Inférieure, l’Eure et, partiellement, le Calvados et l’Orne, connaissent l’invasion puis l’occupation allemande, le Cotentin, en revanche, ne voit aucun soldat ennemi traverser son territoire. Néanmoins, tout au long de la guerre, le port de Cherbourg accueille les bâtiments de la Marine dont la mission est de tenter un blocus des côtes allemandes, en mer du Nord et en Baltique.

Au moins un équipage allemand, celui du trois-mâts Julius-Barthe, est emprisonné à la prison maritime. En octobre 1870, certains travaux de mise en défense sont entrepris aux abords de la ville. Des marins, qui participent à la défense de Paris, du 19 septembre 1870 au 26 janvier 1871, viennent de Cherbourg. En outre, la place compte alors un régiment d’infanterie appartenant aux troupes de marine. Celles-ci ont participé à la bataille de Bazeilles, dans les Ardennes, et près de neuf compagnies constituant les 9e et 10e bataillons de marches ont participé aux combats de la 2e armée de la Loire.

Des gardes mobiles manchois se battent également dans les armées de la Loire. Certains y ont laissé leur vie, en témoignent les monuments aux morts érigés en leur honneur à Avranches, Coutances, Granville ou encore Saint-Lô.

Illustration 2
Gravure tirée de La guerre illustrée et le siège de Paris, représentant les marins repoussant les Bavarois à la suiferie du Bourget lors du siège de Paris, 1871 (Archives départementales de la Manche, périodiques d'histoire générale, 1 PER 257).


Des grands noms de la littérature, liés au département, ont également été des témoins directs des épreuves de la guerre. C’est le cas, par exemple, de Jules Barbey d’Aurevilly qui, dans une lettre à Hector de Saint-Maur, datée du 8 février 1871, raconte le quotidien de Paris à la suite du siège qui s’y est déroulé pendant quatre longs mois, du 19 septembre 1871 au 23 janvier 1871, provoquant famine et désordres : « Mon cher Saint-Maur, - je suis toujours de ce misérable monde. J’ai échappé aux obus et à la faim. Je ne sais pas si j’ai échappé aux conséquences de la vie du siège, car j’ai l’estomac en quatre morceaux. Nous avons mangé du chien et du rat et de l’avoine ! […] Mon quartier a été haché par les obus. Je suis resté stoïquement sous ce dais d’acier. L’honneur m’a empêché de quitter Paris et je ne me repens pas de ma résolution, quoique je l’aie payée bien cher. J’ai vu des choses à navrer un cœur de français un peu fier. Nous relèverons-nous de ces hontes ?... ».

Victor Hugo, quant à lui, s’insurge de la situation. Le dramaturge rentre de son exil, à Guernesey, en septembre 1870. Dans un texte, il incite les Français à défendre Paris et lance un appel aux Allemands pour cesser la guerre entre ces « deux nations [qui] ont fait l’Europe ». En 1872, Hugo publie son célèbre recueil de poèmes intitulé L’Année terrible.

Illustration 3
Gravure tirée de La guerre illustrée et le siège de Paris, représentant les mobiles des départements, 1871 (Archives départementales de la Manche, périodiques d'histoire générale, 1 PER 257).

En raison des destructions de 1944, les Archives de la Manche disposent de peu de sources originales sur ce conflit. Seules quelques épaves subsistent dans les fonds d’archives communales et de sous-préfectures (séries H et Z), ainsi que quelques pièces isolées rentrées par voie extraordinaire dans les fonds d’archives privées (série J).

Heureusement, les ouvrages imprimés permettent de compenser, en partie, ces pertes archivistiques et de documenter cette histoire.