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Affichage détaillé (Toute l'histoire du département)


"Collabos !" Léo, 2 juin 1944

Le 02/06/2019 par Jérémie Halais, Nicolas Bourdet

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent aujourd'hui à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

Le 29 octobre 1943, Le Messager de la Manche nous apprend qu'une vitre de la permanence saint-loise de la Légion des volontaires français (LVF) a été brisée. En décembre, Hippolyte Degroote, le chef saint-lois du Parti populaire français, mouvement collaborationniste demande à la police d'assurer la protection de ses locaux.

La collaboration politique

Le phénomène de la collaboration politique est minoritaire dans la Manche. Six mouvements sont implantés dans le département : le Parti populaire français (PPF), le Comité ouvrier de secours immédiat (COSI), le Rassemblement national populaire (RNP), le Mouvement social révolutionnaire (MSR), le groupe Collaboration et le Parti franciste.

Mouvements auxquels il faut ajouter les organisations de jeunesses comme les Jeunesses populaires françaises (JPF) ou les Jeunesses nationales populaires (JNP), ainsi que les organismes de recrutement militaire ou policier comme la Légion tricolore, la Légion des volontaires français et la Milice. En ce qui concerne les seuls partis politiques, ceux-ci ne recrutent pas plus de 400 Manchois, entre 1940 et 1944.

Le PPF est de loin le mieux implanté et le plus organisé. Fondé en juin 1936 par Jacques Doriot, il fait son apparition à Cherbourg en 1937 mais disparaît avant le conflit. En juillet 1942, le parti renaît néanmoins à Saint-Lô, où vient d'emménager l'un de ses adhérents, Hippolyte Degroote. Plusieurs réunions publiques y sont organisées. Le 19 octobre 1942, par exemple, le PPF propose une projection du film antisémite le Juif Suss. Le 7 janvier 1943, 14 militants reçoivent, à la permanence saint-loise, les directives de Fernand Canobbio, responsable national de l'organisation, membre du bureau politique. D'après Degroote, les effectifs progressent rapidement et s'élèvent à 300 membres en 1943. Pourtant, à la même époque, les renseignements généraux n'en compte que 80, dont une vingtaine à Saint-Lô.

Les collaborateurs sur la défensive

Il semble en effet que la collaboration politique n'enthousiasme pas la population. Bien plus, en ce début 1944, les partis collaborationnistes semblent sur la défensive.

En novembre 1943, à Sourdeval, les membres de la section du PPF reçoivent pour consignes "de ne pas sortir seuls la nuit, d'être armés de matraques et si possible de révolvers". Au début de l'année 1944, les dirigeants du parti doivent menacer leurs adhérents pour remplir leurs assemblées. Ils publient dans les journaux des annonces demandant à tous les militants d'être présents aux réunions, "sous peines de sanctions". En avril, Degroote forme un Groupe d'action pour la justice sociale chargé de lutter contre les résistants et les réfractaires au STO, de protéger les familles des membres de la LVF, de la Waffen SS et des travailleurs volontaires en Allemagne.

Illustration 1
Lettre à en-tête du Parti populaire français (PPF), 2 rue de la Poterne à Saint-Lô, 1944 (Archives de la Manche, 1580 W 7/1204)