Fonds Lucien Rudaux ,

Présentation du contenu

Extrait de : De la terre aux étoiles : Lucien Rudaux, 1874-1947, illustrateur et photographe donvillais / POIRIER-HAUDEBERT, Sophie. – Saint-Lô : Archives départementales de la Manche, 2010.

1. Observatoires et observations

" Élevé librement au contact de la nature, Lucien Rudaux avait, très jeune, senti s'éveiller en lui cette force mystérieuse qui pousse l'esprit vers la lumière " (Astronomie Les astres, l'univers, Paris, 1948, introduction de Gérard de Vaucouleurs). En effet, très tôt, le jeune Lucien est attiré par l'astronomie. Il commence ses observations à la jumelle, puis son esprit ingénieux lui permet de fabriquer une petite lunette astronomique à partir d'une simple longue-vue. " On goûte ainsi à la science et une fois qu'on y a goûté, on veut dévorer " (Lucien Rudaux, " Notes d'astronomie pratique - Moyens d'observation ", dans La vie scientifique). C'est à l'âge de quatorze ans que son père lui offre une véritable lunette astronomique, réelle révélation et point de départ d'une passion qui l'anime jusqu'à son dernier souffle.

Son premier carnet d'observations astronomiques débute le 11 mai 1892 avec la description d'une éclipse de Lune. Les jours suivants, il nous livre des descriptions précises de ses observations de la Voie lactée. Ses relevés sur les planètes (Jupiter, Saturne, Vénus, Mars et Uranus) et les étoiles (Soleil, constellations) sont très souvent complétés de dessins d'une incroyable qualité, et parfois de photographies à partir de 1893. C'est un amateur infatigable : en effet, il effectue parfois ses relevés à des heures très avancées de la nuit. Lucien nous y dévoile sa parfaite connaissance du système solaire.

En 1894, son père exauce le " rêve le plus cher de l'amateur d'astronomie " (Lucien Rudaux, " Observatoires d'amateurs ", dans La Nature, n° 1615, 7 mai 1904, p. 355) ; il l'autorise à construire dans le jardin des Gerbettes un pavillon astronomique qui est inauguré le 29 mars. De forme octogonale, construit en sapin de Norvège, cet observatoire est de conception simple et pratique. Muni d'un toit tournant, il permet une observation continue de la voûte céleste. Lucien Rudaux y accomplit pendant dix ans de nombreuses observations et des relevés réguliers avec une lunette astronomique Secrétan de 95 mm d'objectif à monture équatoriale.

Devenu directeur de l'observatoire de Donville, qualité qu'il s'est lui-même attribué, il décide la construction d'un nouvel observatoire en 1903. Il choisit le terrain du Clos Traversin, situé face aux Gerbettes, pour le bâtir non plus en bois mais en pierre. Plus grand que le premier, celui-ci est composé de deux pièces, l'une surmontée d'une coupole pour l'observation et la seconde, plurifonctionnelle, destinée à servir à la fois de bureau, de laboratoire photographique et au besoin de chambre à coucher. En maître d'œuvre attentif, Lucien Rudaux s'attache à immortaliser chaque étape de la construction : arrivée des matériaux, maçons à l'ouvrage, réalisation et installation de la coupole. À la première coupole, octogonale, en bois et provisoirement installée sur l'observatoire, succède une nouvelle, réalisée en ciment armé, tournante avec une ouverture modulable. " Au centre de l'observatoire s'élève une haute colonne de maçonnerie supportant l'équatorial, d'un modèle très pratique construit par M. Mailhat " (Lucien Rudaux, " Observatoires d'amateurs ", dans La Nature, n° 1615, 7 mai 1904, p. 358). Dans un souci pédagogique, Lucien Rudaux fournit une description très détaillée de ses deux premiers observatoires dans un numéro de La Nature paru en mai 1904.

Pour compléter, voire illustrer ses notes, Lucien Rudaux réalise énormément de clichés. Pour ce faire, il installe une chambre photographique sur sa lunette et aménage, à côté de son observatoire, un pavillon de photographies solaires.

Vingt-cinq ans plus tard, alors qu'âgé de plus de cinquante ans, il est un astronome reconnu, Lucien Rudaux décide d'agrandir son observatoire et lui donner plus de confort. De ce chantier nous sont parvenues quelques photographies qui en présentent le déroulement. En 1928, la première coupole est déposée et le bâtiment double de superficie. Une coupole plus importante et plus sophistiquée est aménagée ; un poêle est installé dans l'ancienne salle d'observation devenue bureau et chambre à coucher. C'est dans ce dernier observatoire que Lucien Rudaux passe les dernières années de sa vie à contempler le ciel et essayer d'en élucider les mystères.

Après la seconde guerre mondiale et la mort de l'astronome, l'observatoire perd peu à peu sa fonction et se transforme en petite habitation à la suite d'adjonctions diverses. La lunette astronomique part dans une université scientifique à Rabat (Maroc) alors que le support équatorial est envoyé par Gérard de Vaucouleurs dans un observatoire australien. Même si l'observatoire de Lucien Rudaux a disparu, Donville-les-Bains en conserve la mémoire grâce à sa rue de l'Observatoire et à la bibliothèque municipale baptisée " Edmond et Lucien Rudaux ".

2. Lucien Rudaux astronome : le scientifique et le pédagogue

Passionné dès l'adolescence par l'astronomie, Lucien Rudaux adhère en 1892 à la Société astronomique de France (SAF) fondée par Camille Flammarion (1842-1925) cinq ans plus tôt. Brillant astronome de son temps, Flammarion inaugure également en 1887 son observatoire à Juvisy-sur-Orge où Lucien Rudaux est venu sans nul doute travailler et rendre visite à son vieil ami.

Dès 1892, Lucien publie son premier article dans la revue mensuelle de la Société, L'Astronomie, sur " La tache solaire du 15 juillet ". Celui-ci est suivi par plus d'une centaine d'autres articles. Membre actif de la Société, Rudaux y tient cours et conférences, illustrés de nombreuses projections de diapositives sur verre, noir et blanc mais également colorisées par ses soins, qui sont pour la plupart conservées dans son fonds photographique. Il siège pendant plusieurs années comme membre du conseil de la Société : 1899-1901, 1913-1919, 1927-1929, 1933-1935.

Rudaux est vite remarqué par Flammarion qui lui demande d'illustrer ses ouvrages : La fin du Monde en 1894, puis la réédition de Lumen en 1898.

Observateur appliqué et acharné, il ne tarde pas à se faire distinguer pour ses talents d'astronome. Il étudie inlassablement planètes, astres et Voie lactée. De ses minutieuses observations nous sont parvenus de nombreux clichés, complétés de dessins et de carnets de notes, témoins de sa rigueur scientifique.

Il débute le XXe siècle sous une bonne étoile. Sa notoriété grandissante et son souhait de vulgariser la science astronomique lui ouvrent les portes de nombreuses revues à caractère plus ou moins scientifique : La Natureà partir de 1904, La Science illustrée en 1905, Je sais tout et La Géographieà partir de 1906, enfin L'Illustrationà partir de 1908.

Toujours soucieux de populariser les connaissances astronomiques, il décide en 1908 de publier son premier ouvrage Comment étudier les astres ?, traduit peu de temps après en anglais (How to study the stars ?). C'est ainsi que naît sa renommée internationale. Ses articles paraissent dans la revue anglaise Illustrated London News, puis dans la revue américaine The American Weekly.

À la veille de la Grande Guerre, il reçoit le prix des Dames de la SAF et publie Ce qu'on voit dans le ciel. Comme il est mobilisé, ses travaux cessent pendant le conflit mais l'entre-deux-guerres constitue pour Lucien Rudaux la période de sa consécration. Dès 1920, il collabore avec Louis Forest sur le film Les merveilles du ciel, projeté pendant plusieurs mois au cirque d'hiver et qui remporte un véritable succès cinématographique à l'époque. Après avoir richement illustré l'ouvrage d'Alphonse Berget, Le Ciel (1923), il publie en 1925 son Manuel pratique d'astronomie. Le succès est immédiat : un premier retirage est nécessaire dès la première année. Il est par la suite réédité et mis à jour jusqu'en 1952. Rudaux est promu en 1936 chevalier de la Légion d'honneur pour ses travaux. L'année suivante, paraît son chef-d'œuvre, Sur les autres mondes, enrichi de plus de quatre cents illustrations. Il y présente des reconstitutions de paysages des planètes de notre système solaire issues de ses observations. Le fascicule de présentation diffusé par les éditions Larousse le qualifie ainsi : " Le véritable aspect des mondes célestes scientifiques reconstitué sous nos yeux, tel est le sujet de ce nouveau livre que Lucien Rudaux était, sans doute, seul capable d'écrire et d'illustrer en joignant sa science d'astronome réputé à ses talents de photographe, de dessinateur et de peintre. Grâce à de nombreuses et longues observations faites aux moyens d'appareils puissants et perfectionnés, à de méticuleux calculs, l'auteur a pu réaliser par le texte et par l'image une extraordinaire synthèse qui permet à chacun de s'initier à l'une des plus impressionnantes conquêtes de la science de notre temps " (Archives de l'IMEC, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, Calvados, fonds Larousse, D 264 D 14).

En 1937, Jean Perrin (1870-1942), prix Nobel de physique, fonde le Palais de la Découverte à l'occasion de l'Exposition internationale " Arts et techniques dans la vie moderne ". On fait alors appelle à Lucien Rudaux pour la section astronomique. Il y réalise plusieurs dioramas de paysages extraterrestres (reconstitutions en trois dimensions), construit un globe lunaire et peint plusieurs fresques dans les salles de l'univers stellaire. Le succès est tel que le Palais de la Découverte ne ferme pas ses portes à la fin de l'Exposition. Rudaux y reste fidèle jusqu'à la fin de sa vie. Conférencier, il est également démonstrateur à la section astronomique de 1940 à 1946.

Rudaux poursuit ses publications : La Terre et son histoire paraît en 1940, La pluie et le beau temps, la Terre, le jour et la nuit en 1941, Sur les autres planètes en 1943 et La Lune et son histoire en 1947. Malheureusement, il n'a pas le temps de finir son dernier livre, L'Astronomie Les astres, l'univers, aboutissement de nombreuses années de travail. Achevé par le jeune astronome Gérard de Vaucouleurs (1918-1995) en 1948, celui-ci est considéré pendant longtemps comme un ouvrage de référence et traduit en trois langues (anglais, espagnol et italien).

À la mort de Lucien Rudaux, André Danjon (1890-1967), président de la Société astronomique de France, le décrit en ces termes : " Avec des moyens relativement simple, servis par une inépuisable ingéniosité et un amour ardent de l'astronomie, Rudaux avait fait d'innombrables observations qui l'avaient familiarisé de bonne heure avec tous les phénomènes célestes. C'est ce qui donnait à ses ouvrages la saveur de chose vécue qui les rendait si vivants. Écrits dans une forme simple et facilement accessible à tous, ils étaient appréciés par les lecteurs que des ouvrages plus savants eussent effarouchés. Ses cours, ses conférences, avaient toujours le plus vifs succès " (L'Astronomie, 16 mars 1947). Membre du Comité national français d'astronomie et de l'Union astronomique internationale, Lucien Rudaux reçoit à titre posthume une médaille commémorative de la Société astronomique de France dont il fut également membre durant toute sa carrière.

En marque de reconnaissance de ses travaux et en hommage à sa mémoire, son nom a été attribué à un cratère de Mars et à l'astéroïde 3574 (1988).

3. Un scientifique, amoureux de la nature

Pour comprendre comment les différentes planètes de notre système solaire ont pu se façonner, et à défaut de pouvoir les étudier sur le terrain, Lucien Rudaux observe et analyse le fonctionnement de la terre. " Si le ciel captive puissamment l'esprit humain par l'immensité des choses que la science astronomique révèle, la surface de la planète terrestre à laquelle nous sommes rivés jusqu'à nouvel ordre mérite aussi de retenir l'attention. Aussi bien, l'étude générale des phénomènes qui ont contribué et contribuent toujours au modelé du sol, à ses aspects variés n'est pas à séparer de celle des mondes célestes. Ces derniers nous sont inaccessibles directement ; tels que nous les apercevons, de trop loin, nous ne pouvons nous faire une idée des conditions de leurs surfaces qu'à l'aide de comparaisons fournies par la connaissance de ce qui se passe sur la terre " (Lucien Rudaux, " Les sites grandioses d'un monde lilliputien ", dans L'Illustration, n° 4633, 19 décembre 1931, p. 539-541). C'est ainsi que Lucien Rudaux se tourne vers d'autres disciplines que l'astronomie.

Il s'intéresse à la météorologie. En 1902, il décide d'aménager une petite station météorologique à côté de son observatoire de Donville-les-Bains. Il y installe thermomètres sous abri, pluviomètre, girouette à ruban et miroir pour " relever le mouvement des nuages " (Lucien Rudaux, " Installation astronomique et météorologique ", dans La Nature, n° 2141, 6 juin 1914, p. 6). Ainsi équipé, il effectue des relevés réguliers, soigneusement notés dans ses petits carnets. Au travers de ses articles, dans lesquels il relate le plus souvent les phénomènes météorologiques locaux, il décrit précisément ses observations et en tire des conclusions sur le vent et ses conséquences sur la végétation, sur la forme des nuages, ou encore sur les aurores boréales. Comme pour ses observations astronomiques, tous ses relevés sont illustrés de dizaines, voire de centaines de photographies. " Il n'est pas de véritable amateur de sciences qui ne pratique la photographie " (Lucien Rudaux, " Ce qu'on voit au ras du sol ", dans La Nature, n° 2370, 30 août 1919, p. 129). L'Office national météorologique lui remet, en 1934, le deuxième prix de photographies de nuages.

Son intérêt insatiable pour les beautés de la nature l'attire également vers la géologie. En 1901, il part dans l'Allier à la recherche de fossiles. Il nous laisse de ce périple à vélo un superbe carnet de notes et de dessins. À côté des clichés purement géologiques (roches, érosions, sables), Lucien Rudaux s'intéresse à " ce qu'on voit au ras du sol ", s'essayant ainsi à la macrophotographie. Créateur de paysages minuscules à partir de coquillages et de minéraux, Rudaux fixe sur la plaque sensible certains phénomènes que la nature nous offre, tel qu'une goutte de rosée sur un brin d'herbe, le détail d'un bois vermoulu ou d'une coquille d'huître rongée par la mer. " Ces éléments nous enseignent, par la manière dont ils sont façonnés, que le jeu des forces naturelles travaillant inlassablement à modifier la surface terrestre s'exerce pareillement à tous les degrés " (Lucien Rudaux, " Le monde minuscule ", dans La Nature, n° 2877, 15 mars 1932, p. 245). Les paysages que nous écrasons nous présentent ce qu'il est impossible d'apprécier à notre échelle : l'érosion, la formation d'un cours d'eau, etc. " La moindre averse, le plus petit ruisselet pratiquent de rapides et formidables érosions et découpent des vallées, rongent les rives des méandres, affouillent les courbes, alluvionnent plus loin. En quelques heures, voire même en quelques minutes, on assistera à la répétition du long travail des siècles sur notre globe, comme si un cinématographe ultra-rapide accélérait notre vision " (Lucien Rudaux, " Ce qu'on voit au ras du sol ", dans La Nature, n° 2370, 30 août 1919, p. 129).

4. Les Pyrénées : un autre milieu d'études

Après un premier voyage à Barèges (Hautes-Pyrénées) en août 1896, pour lequel est conservé un carnet de notes et de dessins, Lucien Rudaux entreprend des voyages réguliers dans les Pyrénées à partir de 1904, et ce jusqu'au début de la première guerre mondiale. Ses voyages sont motivés par deux raisons : l'astronomie en premier lieu puis la météorologie.

Les Pyrénées offrent à Rudaux un nouveau terrain d'études, avec des conditions totalement différentes de celles de Donville-les-Bains. L'altitude permet, " en outre de la grande transparence de l'air plus raréfié, d'être débarrassé des brumes et des poussières qui troublent et obscurcissent le ciel, vu au travers les couches les plus inférieures " (Lucien Rudaux, Ce qu'on voit dans le ciel, Paris, [1912], p. 59). Ses recherches dans les Pyrénées sont donc destinées à compléter ses observations manchoises, nouveau témoignage de sa remarquable rigueur scientifique.

De 1904 à 1907, il suit les travaux de l'observatoire du Pic du Midi. Benjamin Baillaud, directeur de l'observatoire de Toulouse, y a entrepris la construction d'une coupole et d'une maison pour les astronomes. Lucien Rudaux immortalise non seulement les travaux, mais également la livraison non moins périlleuse du télescope. Ses photographies témoignent de l'extraordinaire labeur accompli : des matériaux de construction jusqu'aux caisses du télescope, tout est monté par des mulets et à la force des hommes.

L'astronome qu'il est installe à plusieurs reprises sa lunette dans les montagnes pyrénéennes pour observer la Voie lactée. Il organise notamment deux expéditions pour assister à l'éclipse de Soleil du 30 août 1905 puis à celle du 17 avril 1912.

En qualité de météorologue, Lucien Rudaux étudie dans les Pyrénées les divers phénomènes météorologiques (formation des nuages, pluie, neige) et leurs conséquences, parfois catastrophiques, sur la montagne. Dans son article " Les phénomènes météorologiques dans les Pyrénées. Leurs conséquences - Le reboisement " (Lucien Rudaux, " Les phénomènes météorologiques dans les Pyrénées. Leurs conséquences - Le reboisement ", dans Revue de géographie, t. 4, 1910, p. 1-53), il tient des propos écologiques avant l'heure. En effet, il y consacre un chapitre entier aux avantages du reboisement et de la restauration de la végétation, dégradée par les troupeaux de plus en plus importants de moutons. La préservation de cet environnement éviterait selon lui l'érosion du sol qui favorise les avalanches, les coulées de boue et autres pluies torrentielles.

Toujours soucieux de vulgariser les connaissances scientifiques de l'époque, il fait paraître ses travaux, recherches et constats dans de nombreux articles publiés en grande partie dans les revues La Nature et L'Astronomie. Quant à ses clichés, si certains servent à illustrer ses travaux scientifiques, d'autres nous présentent les Pyrénées d'avant-guerre : Rudaux immortalise ainsi la transhumance des moutons, les pyrénéens au travail et plusieurs autres sujets ethnographiques.

5. Les missions Martel

Édouard-Alfred Martel (1859-1921), éminent géologue et fondateur de la spéléologie, a déjà exploré et découvert un grand nombre de grottes et de gouffres en France et à l'étranger lorsqu'en 1908, il est missionné par le ministère de l'Agriculture pour aller explorer les Pyrénées souterraines. Sa " tâche officielle consistait surtout à reconnaître jusqu'à quel degré les régions calcaires des Pyrénées sont fissurées et pourvues d'eaux souterraines utilisables " (Lucien Rudaux, " Le Caugno de Los Goffios ", dans La Nature, n° 1916, 12 février 1910, p. 163).

Une première mission est organisée en juillet et août 1908, puis une seconde l'année suivante à la même période. Martel s'entoure de nombreux collaborateurs dont Lucien Rudaux, " en qualité de météorologiste et dessinateur " (Lucien Rudaux, " Le Caugno de Los Goffios ", dans La Nature, n° 1916, 12 février 1910, p. 163). Les deux hommes se sont sans doute rencontrés grâce à la revue La Nature ; Martel l'a dirigée de 1905 à 1919 et Rudaux y a rédigé un grand nombre d'articles (près de cent cinquante, parus entre 1904 et 1946). De plus, le profil de Lucien Rudaux convient très bien aux exigences de ces missions : illustrateur et dessinateur dont les qualités ne sont plus à démontrer, il est également alpiniste, habitué des séjours en montagne. En effet, depuis 1904, il se rend régulièrement dans les Pyrénées pour ses recherches.

De ces deux explorations, Lucien Rudaux a laissé de nombreux clichés et trois carnets de notes et de dessins, véritables témoins de ce qu'était une mission de spéléologie au début du XXe siècle, pour son caractère pénible et dangereux, sans compter les risques quotidiens de chutes et de noyades. Dans l'un de ses articles, Rudaux raconte une mésaventure qui aurait pu lui être fatale : " Une fois, nous nous sommes trouvés, avec un ami, à un kilomètre du jour, avec un bateau crevé, tous deux tombés à l'eau, et une seule bougie allumée ayant survécu au naufrage ; le retour a été laborieux, d'autant qu'il fallait passer sous des voûtes surbaissées, franchissables seulement en lançant l'embarcation d'un bon coup d'aviron et se couchant au fond, pour passer en raclant la voûte avec l'épine dorsale ! " (Lucien Rudaux, " La course aux ténèbres ", dans Je sais tout, n° 76, 15 mai 1911, p. 433.). Avant cela, l'expédition dans les montagnes se fait à pied, les bœufs ou les mulets étant chargés de porter le matériel (échelles, canots, cordages, vivres). Ces abîmes, souvent profonds de plusieurs dizaines de mètres, sont parfois difficiles d'accès.

" Un puits doit être sondé avant la descente pour savoir la quantité d'échelle de corde à y lancer, et il doit l'être dans tout son pourtour afin d'en reconnaître les parois dont les obstacles en saillies s'opposent le moins à la descente. Minute impressionnante que celle où le groupe réuni au bord de l'ouverture béante se demande par où l'attaque va commencer. Les pierres qu'on y lance tout d'abord y provoquent d'étranges et terribles sonorités et les échos mourants semblent s'y perdre dans l'infini souterrain. [...] La place choisie, l'échelle est bien vérifiée, allongée sur le sol et détortillée ; ? en tombant elle retrouvera suffisamment l'occasion de s'embrouiller à nouveau ! ? puis roule sur elle-même et soigneusement amarrée après un arbre, des pieux de fer ou des pointes de roches, elle est précipitée dans le vide ou elle se déroule avec un fracas épouvantable si le puits est étroit. Les allures qu'elle peut prendre sont multiples : ou bien elle pend, toute droite contre une paroi absolument verticale [...]. Il y a aussi des abîmes en façon cloche ; ouverture étroite et élargissement brusque et très accentué. Alors l'échelle pend au milieu comme un fil à plomb, et le malheureux qui s'y cramponne, s'il n'est pas rompu à cet exercice, finit par décrire dans le vide ténébreux des mouvements pendulaires à grande ampleur, sans compter ceux de rotation qui ne manquent pas de se produire. [...] Descendre avec une lampe ou une bougie allumée, tenue au chapeau ou entre les dents, est une sérieuse complication aussi. [...] Du reste, cette question de l'éclairage, comme celle de la communication avec l'équipe des aides restés au dehors, est tout à fait primordiale. [...] Il ne faudrait pas croire que seules les descentes d'abîmes soient périlleuses. Sans doute à cause de la mise en scène, elles sont plus impressionnantes, mais la navigation intérieure, ou même la simple reconnaissance, à quatre pattes, dans des boyaux étroits ne sont pas exempts d'imprévus et de difficultés. [...] Quant aux bateaux de toile, à l'aide desquels il faut toujours avancer prudemment car ils crèvent avec une facilité déplorable, ils vous réservent des noyades fréquentes. [...] Ces peines, ces fatigues, ces dangers et les écorchures, plaies ou bosses qu'on ne manque pas de se faire sont largement payées par cet attrait puissant de l'inconnu et la magie de décors inouïs qui se découvrent." (Lucien Rudaux, " La course aux ténèbres ", dans Je sais tout, n° 76, 15 mai 1911, p. 430-434).

Les recherches de Rudaux dans le domaine se poursuivent après ces deux missions. Il retourne à de nombreuses reprises dans les Pyrénées et notamment au Soum de Lèche (Pyrénées-Atlantiques) étudier la neige dans les gouffres (Lucien Rudaux, " La neige dans les gouffres des Pyrénées ", dans La Nature, n° 2124, 7 février 1914, p. 183-187). Et ses " très fidèles dessins " (Édouard-Alfred Martel, " La rivière souterraine de Labouiche ou la Grange (Ariège) ", dans La Nature, n° 1901, 30 octobre 1909, p. 344) illustrent non seulement ses articles mais également les travaux de Martel.

6. La Manche de Lucien Rudaux

Lucien Rudaux arrive à Donville-les-Bains avec ses parents dans les années 1880. Très vite, un lien particulier l'unit à cette région où la mer tient une place primordiale. Si c'est à Donville qu'il effectue la plupart de ses observations scientifiques, il y réalise également de nombreux reportages ethnographiques avec la mer pour décor. En effet, il nous laisse plusieurs centaines de clichés sur les activités maritimes manchoises.

- La pêche

Invité à monter à bord de bisquines, Rudaux immortalise la pêche au chalut et le dragage des huîtres. De ces périples et dans un souci pédagogique, il photographie soigneusement chaque geste habile et difficile de ces hommes de la mer. Nous sommes un jour de caravane dans les années 1906-1907 ; des dizaines de bateaux, toutes voiles dehors, quittent le port de Granville. Arrivé sur le lieu de la pêche, l'équipage fait tomber les dragues et la pêche peut commencer. Pendant que le patron manœuvre sa bisquine pour que les dragues se remplissent, les hommes ont quelques minutes de répit. Mais, le repos n'est que de courte durée car il faut déjà remonter les fers. La manœuvre est pénible mais le contenu des dragues est enfin vidé sur le pont. Un homme s'est blessé ; il est soigné par ses camarades avec les moyens du bord. Puis, les mêmes gestes recommencent inlassablement : pendant que les dragues sont remises à l'eau, il faut désormais trier les huîtres et ce jusqu'au retour au port.

Nous sommes toujours à Granville un jour de grand départ. Rudaux est au milieu de cette foule qui se presse sur la jetée pour admirer le spectacle. Les morutiers ont été chargés de leurs provisions et s'apprêtent à prendre le large vers les bancs de Terre-Neuve. Les navires empruntent l'écluse avant de quitter le port et les marins se sont déjà tous rassemblés sur le pont pour saluer une dernière fois famille et amis ; ils ne reviendront que dans six mois. Le printemps puis l'été passent et c'est enfin le temps des retrouvailles. Les terre-neuvas sont de retour et les femmes, avec leurs charrettes, les attendent pour décharger la cargaison de morues sèches. Le départ ou le retour sont parfois un peu mouvementés. Le 28 novembre 1903, alors que la tempête fait rage, le terre-neuvas L'Espoir dérive dangereusement vers le rivage, pour finalement s'échouer sur la plage de Donville-les-Bains. Les hommes et la cargaison sont évacués sous les yeux des premiers curieux. Le calme est revenu et la mer déchaînée n'assène plus ses vagues destructrices sur la coque du navire qui gît désormais paisiblement sur le sable. La mer a rejeté un corps : c'est un membre de l'équipage.

- La récolte de varech

" C'est ici […], dans ce coin de Normandie, où la moisson de l'herbe de la mer était un des spectacles les plus familiers, où les riverains vivaient du profit de cette étrange récolte, que cette industrie offrait le plus de caractères historiques et pittoresques. […] Cette moisson inattendue se fait en été, mais seulement aux époques des grandes marées, quand les herbiers se découvrent. Alors les paysans attellent leurs meilleurs chevaux à leurs voitures les plus solides et, accompagnés de toute leur maisonnée, ils suivent par familles le reflux qui leur abandonne peu à peu les vastes prairies sous-marines. Chacun se presse, entrant dans l'eau aussi loin qu'il le peut, dépassant le voisin pour s'installer le premier, si possible, aux endroits les plus fertiles. Et le dur labeur commence. L'homme manie péniblement la faul, car c'est seulement alors qu'elles se dressent en ondulant dans leur élément que les longues herbes peuvent être tranchées à ras du sol… Les femmes, les enfants, armés de râteaux, rassemblent la pailleule coupée qui flotte, puis la hissent sur les charrettes en lourdes et ruisselantes brassées. […] Puis la mer remonte ; à grands coups de collier les chevaux entraînent vers la dune la première récolte " (Lucien Rudaux, " La disette des moissons de la mer ", dans L'Illustration, n° 4828, 14 septembre 1935, p. 38-40).

- À bord de l'Augustin-Fresnel

Autorisé par le capitaine Méquin à monter à bord de l'Augustin-Fresnel, le nouveau navire baliseur attaché au port de Granville, Lucien Rudaux photographie les gestes délicats et dangereux des agents des Ponts et Chaussées. Il nous fait assister au ravitaillement du phare du Sénéquet, à l'entretien d'une bouée et d'une balise et à la construction en pleine mer de la base d'une balise : scènes rarement photographiées qui sont autant de précieux témoignages d'un métier méconnu.

- Chausey

" Ces îles, que leur faible éloignement de la côte recommande aux moins marins des touristes, méritent mieux que d'être considérées comme un simple lieu de promenade. Il y a beaucoup à admirer et à observer dans le domaine du pittoresque, et surtout dans celui des phénomènes naturels se traduisant là par des faits d'un caractère ou d'une ampleur vraiment remarquables " (Lucien Rudaux, " Les îles Chausey ", dans La Nature, n° 2002, 7 octobre 1911, p. 292).

  • Cote :

    66 Fi 1-1390

  • Présentation du contenu :

    Présentation du contenu

    Extrait de : De la terre aux étoiles : Lucien Rudaux, 1874-1947, illustrateur et photographe donvillais / POIRIER-HAUDEBERT, Sophie. – Saint-Lô : Archives départementales de la Manche, 2010.

    1. Observatoires et observations

    " Élevé librement au contact de la nature, Lucien Rudaux avait, très jeune, senti s'éveiller en lui cette force mystérieuse qui pousse l'esprit vers la lumière " (Astronomie Les astres, l'univers, Paris, 1948, introduction de Gérard de Vaucouleurs). En effet, très tôt, le jeune Lucien est attiré par l'astronomie. Il commence ses observations à la jumelle, puis son esprit ingénieux lui permet de fabriquer une petite lunette astronomique à partir d'une simple longue-vue. " On goûte ainsi à la science et une fois qu'on y a goûté, on veut dévorer " (Lucien Rudaux, " Notes d'astronomie pratique - Moyens d'observation ", dans La vie scientifique). C'est à l'âge de quatorze ans que son père lui offre une véritable lunette astronomique, réelle révélation et point de départ d'une passion qui l'anime jusqu'à son dernier souffle.

    Son premier carnet d'observations astronomiques débute le 11 mai 1892 avec la description d'une éclipse de Lune. Les jours suivants, il nous livre des descriptions précises de ses observations de la Voie lactée. Ses relevés sur les planètes (Jupiter, Saturne, Vénus, Mars et Uranus) et les étoiles (Soleil, constellations) sont très souvent complétés de dessins d'une incroyable qualité, et parfois de photographies à partir de 1893. C'est un amateur infatigable : en effet, il effectue parfois ses relevés à des heures très avancées de la nuit. Lucien nous y dévoile sa parfaite connaissance du système solaire.

    En 1894, son père exauce le " rêve le plus cher de l'amateur d'astronomie " (Lucien Rudaux, " Observatoires d'amateurs ", dans La Nature, n° 1615, 7 mai 1904, p. 355) ; il l'autorise à construire dans le jardin des Gerbettes un pavillon astronomique qui est inauguré le 29 mars. De forme octogonale, construit en sapin de Norvège, cet observatoire est de conception simple et pratique. Muni d'un toit tournant, il permet une observation continue de la voûte céleste. Lucien Rudaux y accomplit pendant dix ans de nombreuses observations et des relevés réguliers avec une lunette astronomique Secrétan de 95 mm d'objectif à monture équatoriale.

    Devenu directeur de l'observatoire de Donville, qualité qu'il s'est lui-même attribué, il décide la construction d'un nouvel observatoire en 1903. Il choisit le terrain du Clos Traversin, situé face aux Gerbettes, pour le bâtir non plus en bois mais en pierre. Plus grand que le premier, celui-ci est composé de deux pièces, l'une surmontée d'une coupole pour l'observation et la seconde, plurifonctionnelle, destinée à servir à la fois de bureau, de laboratoire photographique et au besoin de chambre à coucher. En maître d'œuvre attentif, Lucien Rudaux s'attache à immortaliser chaque étape de la construction : arrivée des matériaux, maçons à l'ouvrage, réalisation et installation de la coupole. À la première coupole, octogonale, en bois et provisoirement installée sur l'observatoire, succède une nouvelle, réalisée en ciment armé, tournante avec une ouverture modulable. " Au centre de l'observatoire s'élève une haute colonne de maçonnerie supportant l'équatorial, d'un modèle très pratique construit par M. Mailhat " (Lucien Rudaux, " Observatoires d'amateurs ", dans La Nature, n° 1615, 7 mai 1904, p. 358). Dans un souci pédagogique, Lucien Rudaux fournit une description très détaillée de ses deux premiers observatoires dans un numéro de La Nature paru en mai 1904.

    Pour compléter, voire illustrer ses notes, Lucien Rudaux réalise énormément de clichés. Pour ce faire, il installe une chambre photographique sur sa lunette et aménage, à côté de son observatoire, un pavillon de photographies solaires.

    Vingt-cinq ans plus tard, alors qu'âgé de plus de cinquante ans, il est un astronome reconnu, Lucien Rudaux décide d'agrandir son observatoire et lui donner plus de confort. De ce chantier nous sont parvenues quelques photographies qui en présentent le déroulement. En 1928, la première coupole est déposée et le bâtiment double de superficie. Une coupole plus importante et plus sophistiquée est aménagée ; un poêle est installé dans l'ancienne salle d'observation devenue bureau et chambre à coucher. C'est dans ce dernier observatoire que Lucien Rudaux passe les dernières années de sa vie à contempler le ciel et essayer d'en élucider les mystères.

    Après la seconde guerre mondiale et la mort de l'astronome, l'observatoire perd peu à peu sa fonction et se transforme en petite habitation à la suite d'adjonctions diverses. La lunette astronomique part dans une université scientifique à Rabat (Maroc) alors que le support équatorial est envoyé par Gérard de Vaucouleurs dans un observatoire australien. Même si l'observatoire de Lucien Rudaux a disparu, Donville-les-Bains en conserve la mémoire grâce à sa rue de l'Observatoire et à la bibliothèque municipale baptisée " Edmond et Lucien Rudaux ".

    2. Lucien Rudaux astronome : le scientifique et le pédagogue

    Passionné dès l'adolescence par l'astronomie, Lucien Rudaux adhère en 1892 à la Société astronomique de France (SAF) fondée par Camille Flammarion (1842-1925) cinq ans plus tôt. Brillant astronome de son temps, Flammarion inaugure également en 1887 son observatoire à Juvisy-sur-Orge où Lucien Rudaux est venu sans nul doute travailler et rendre visite à son vieil ami.

    Dès 1892, Lucien publie son premier article dans la revue mensuelle de la Société, L'Astronomie, sur " La tache solaire du 15 juillet ". Celui-ci est suivi par plus d'une centaine d'autres articles. Membre actif de la Société, Rudaux y tient cours et conférences, illustrés de nombreuses projections de diapositives sur verre, noir et blanc mais également colorisées par ses soins, qui sont pour la plupart conservées dans son fonds photographique. Il siège pendant plusieurs années comme membre du conseil de la Société : 1899-1901, 1913-1919, 1927-1929, 1933-1935.

    Rudaux est vite remarqué par Flammarion qui lui demande d'illustrer ses ouvrages : La fin du Monde en 1894, puis la réédition de Lumen en 1898.

    Observateur appliqué et acharné, il ne tarde pas à se faire distinguer pour ses talents d'astronome. Il étudie inlassablement planètes, astres et Voie lactée. De ses minutieuses observations nous sont parvenus de nombreux clichés, complétés de dessins et de carnets de notes, témoins de sa rigueur scientifique.

    Il débute le XXe siècle sous une bonne étoile. Sa notoriété grandissante et son souhait de vulgariser la science astronomique lui ouvrent les portes de nombreuses revues à caractère plus ou moins scientifique : La Natureà partir de 1904, La Science illustrée en 1905, Je sais tout et La Géographieà partir de 1906, enfin L'Illustrationà partir de 1908.

    Toujours soucieux de populariser les connaissances astronomiques, il décide en 1908 de publier son premier ouvrage Comment étudier les astres ?, traduit peu de temps après en anglais (How to study the stars ?). C'est ainsi que naît sa renommée internationale. Ses articles paraissent dans la revue anglaise Illustrated London News, puis dans la revue américaine The American Weekly.

    À la veille de la Grande Guerre, il reçoit le prix des Dames de la SAF et publie Ce qu'on voit dans le ciel. Comme il est mobilisé, ses travaux cessent pendant le conflit mais l'entre-deux-guerres constitue pour Lucien Rudaux la période de sa consécration. Dès 1920, il collabore avec Louis Forest sur le film Les merveilles du ciel, projeté pendant plusieurs mois au cirque d'hiver et qui remporte un véritable succès cinématographique à l'époque. Après avoir richement illustré l'ouvrage d'Alphonse Berget, Le Ciel (1923), il publie en 1925 son Manuel pratique d'astronomie. Le succès est immédiat : un premier retirage est nécessaire dès la première année. Il est par la suite réédité et mis à jour jusqu'en 1952. Rudaux est promu en 1936 chevalier de la Légion d'honneur pour ses travaux. L'année suivante, paraît son chef-d'œuvre, Sur les autres mondes, enrichi de plus de quatre cents illustrations. Il y présente des reconstitutions de paysages des planètes de notre système solaire issues de ses observations. Le fascicule de présentation diffusé par les éditions Larousse le qualifie ainsi : " Le véritable aspect des mondes célestes scientifiques reconstitué sous nos yeux, tel est le sujet de ce nouveau livre que Lucien Rudaux était, sans doute, seul capable d'écrire et d'illustrer en joignant sa science d'astronome réputé à ses talents de photographe, de dessinateur et de peintre. Grâce à de nombreuses et longues observations faites aux moyens d'appareils puissants et perfectionnés, à de méticuleux calculs, l'auteur a pu réaliser par le texte et par l'image une extraordinaire synthèse qui permet à chacun de s'initier à l'une des plus impressionnantes conquêtes de la science de notre temps " (Archives de l'IMEC, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, Calvados, fonds Larousse, D 264 D 14).

    En 1937, Jean Perrin (1870-1942), prix Nobel de physique, fonde le Palais de la Découverte à l'occasion de l'Exposition internationale " Arts et techniques dans la vie moderne ". On fait alors appelle à Lucien Rudaux pour la section astronomique. Il y réalise plusieurs dioramas de paysages extraterrestres (reconstitutions en trois dimensions), construit un globe lunaire et peint plusieurs fresques dans les salles de l'univers stellaire. Le succès est tel que le Palais de la Découverte ne ferme pas ses portes à la fin de l'Exposition. Rudaux y reste fidèle jusqu'à la fin de sa vie. Conférencier, il est également démonstrateur à la section astronomique de 1940 à 1946.

    Rudaux poursuit ses publications : La Terre et son histoire paraît en 1940, La pluie et le beau temps, la Terre, le jour et la nuit en 1941, Sur les autres planètes en 1943 et La Lune et son histoire en 1947. Malheureusement, il n'a pas le temps de finir son dernier livre, L'Astronomie Les astres, l'univers, aboutissement de nombreuses années de travail. Achevé par le jeune astronome Gérard de Vaucouleurs (1918-1995) en 1948, celui-ci est considéré pendant longtemps comme un ouvrage de référence et traduit en trois langues (anglais, espagnol et italien).

    À la mort de Lucien Rudaux, André Danjon (1890-1967), président de la Société astronomique de France, le décrit en ces termes : " Avec des moyens relativement simple, servis par une inépuisable ingéniosité et un amour ardent de l'astronomie, Rudaux avait fait d'innombrables observations qui l'avaient familiarisé de bonne heure avec tous les phénomènes célestes. C'est ce qui donnait à ses ouvrages la saveur de chose vécue qui les rendait si vivants. Écrits dans une forme simple et facilement accessible à tous, ils étaient appréciés par les lecteurs que des ouvrages plus savants eussent effarouchés. Ses cours, ses conférences, avaient toujours le plus vifs succès " (L'Astronomie, 16 mars 1947). Membre du Comité national français d'astronomie et de l'Union astronomique internationale, Lucien Rudaux reçoit à titre posthume une médaille commémorative de la Société astronomique de France dont il fut également membre durant toute sa carrière.

    En marque de reconnaissance de ses travaux et en hommage à sa mémoire, son nom a été attribué à un cratère de Mars et à l'astéroïde 3574 (1988).

    3. Un scientifique, amoureux de la nature

    Pour comprendre comment les différentes planètes de notre système solaire ont pu se façonner, et à défaut de pouvoir les étudier sur le terrain, Lucien Rudaux observe et analyse le fonctionnement de la terre. " Si le ciel captive puissamment l'esprit humain par l'immensité des choses que la science astronomique révèle, la surface de la planète terrestre à laquelle nous sommes rivés jusqu'à nouvel ordre mérite aussi de retenir l'attention. Aussi bien, l'étude générale des phénomènes qui ont contribué et contribuent toujours au modelé du sol, à ses aspects variés n'est pas à séparer de celle des mondes célestes. Ces derniers nous sont inaccessibles directement ; tels que nous les apercevons, de trop loin, nous ne pouvons nous faire une idée des conditions de leurs surfaces qu'à l'aide de comparaisons fournies par la connaissance de ce qui se passe sur la terre " (Lucien Rudaux, " Les sites grandioses d'un monde lilliputien ", dans L'Illustration, n° 4633, 19 décembre 1931, p. 539-541). C'est ainsi que Lucien Rudaux se tourne vers d'autres disciplines que l'astronomie.

    Il s'intéresse à la météorologie. En 1902, il décide d'aménager une petite station météorologique à côté de son observatoire de Donville-les-Bains. Il y installe thermomètres sous abri, pluviomètre, girouette à ruban et miroir pour " relever le mouvement des nuages " (Lucien Rudaux, " Installation astronomique et météorologique ", dans La Nature, n° 2141, 6 juin 1914, p. 6). Ainsi équipé, il effectue des relevés réguliers, soigneusement notés dans ses petits carnets. Au travers de ses articles, dans lesquels il relate le plus souvent les phénomènes météorologiques locaux, il décrit précisément ses observations et en tire des conclusions sur le vent et ses conséquences sur la végétation, sur la forme des nuages, ou encore sur les aurores boréales. Comme pour ses observations astronomiques, tous ses relevés sont illustrés de dizaines, voire de centaines de photographies. " Il n'est pas de véritable amateur de sciences qui ne pratique la photographie " (Lucien Rudaux, " Ce qu'on voit au ras du sol ", dans La Nature, n° 2370, 30 août 1919, p. 129). L'Office national météorologique lui remet, en 1934, le deuxième prix de photographies de nuages.

    Son intérêt insatiable pour les beautés de la nature l'attire également vers la géologie. En 1901, il part dans l'Allier à la recherche de fossiles. Il nous laisse de ce périple à vélo un superbe carnet de notes et de dessins. À côté des clichés purement géologiques (roches, érosions, sables), Lucien Rudaux s'intéresse à " ce qu'on voit au ras du sol ", s'essayant ainsi à la macrophotographie. Créateur de paysages minuscules à partir de coquillages et de minéraux, Rudaux fixe sur la plaque sensible certains phénomènes que la nature nous offre, tel qu'une goutte de rosée sur un brin d'herbe, le détail d'un bois vermoulu ou d'une coquille d'huître rongée par la mer. " Ces éléments nous enseignent, par la manière dont ils sont façonnés, que le jeu des forces naturelles travaillant inlassablement à modifier la surface terrestre s'exerce pareillement à tous les degrés " (Lucien Rudaux, " Le monde minuscule ", dans La Nature, n° 2877, 15 mars 1932, p. 245). Les paysages que nous écrasons nous présentent ce qu'il est impossible d'apprécier à notre échelle : l'érosion, la formation d'un cours d'eau, etc. " La moindre averse, le plus petit ruisselet pratiquent de rapides et formidables érosions et découpent des vallées, rongent les rives des méandres, affouillent les courbes, alluvionnent plus loin. En quelques heures, voire même en quelques minutes, on assistera à la répétition du long travail des siècles sur notre globe, comme si un cinématographe ultra-rapide accélérait notre vision " (Lucien Rudaux, " Ce qu'on voit au ras du sol ", dans La Nature, n° 2370, 30 août 1919, p. 129).

    4. Les Pyrénées : un autre milieu d'études

    Après un premier voyage à Barèges (Hautes-Pyrénées) en août 1896, pour lequel est conservé un carnet de notes et de dessins, Lucien Rudaux entreprend des voyages réguliers dans les Pyrénées à partir de 1904, et ce jusqu'au début de la première guerre mondiale. Ses voyages sont motivés par deux raisons : l'astronomie en premier lieu puis la météorologie.

    Les Pyrénées offrent à Rudaux un nouveau terrain d'études, avec des conditions totalement différentes de celles de Donville-les-Bains. L'altitude permet, " en outre de la grande transparence de l'air plus raréfié, d'être débarrassé des brumes et des poussières qui troublent et obscurcissent le ciel, vu au travers les couches les plus inférieures " (Lucien Rudaux, Ce qu'on voit dans le ciel, Paris, [1912], p. 59). Ses recherches dans les Pyrénées sont donc destinées à compléter ses observations manchoises, nouveau témoignage de sa remarquable rigueur scientifique.

    De 1904 à 1907, il suit les travaux de l'observatoire du Pic du Midi. Benjamin Baillaud, directeur de l'observatoire de Toulouse, y a entrepris la construction d'une coupole et d'une maison pour les astronomes. Lucien Rudaux immortalise non seulement les travaux, mais également la livraison non moins périlleuse du télescope. Ses photographies témoignent de l'extraordinaire labeur accompli : des matériaux de construction jusqu'aux caisses du télescope, tout est monté par des mulets et à la force des hommes.

    L'astronome qu'il est installe à plusieurs reprises sa lunette dans les montagnes pyrénéennes pour observer la Voie lactée. Il organise notamment deux expéditions pour assister à l'éclipse de Soleil du 30 août 1905 puis à celle du 17 avril 1912.

    En qualité de météorologue, Lucien Rudaux étudie dans les Pyrénées les divers phénomènes météorologiques (formation des nuages, pluie, neige) et leurs conséquences, parfois catastrophiques, sur la montagne. Dans son article " Les phénomènes météorologiques dans les Pyrénées. Leurs conséquences - Le reboisement " (Lucien Rudaux, " Les phénomènes météorologiques dans les Pyrénées. Leurs conséquences - Le reboisement ", dans Revue de géographie, t. 4, 1910, p. 1-53), il tient des propos écologiques avant l'heure. En effet, il y consacre un chapitre entier aux avantages du reboisement et de la restauration de la végétation, dégradée par les troupeaux de plus en plus importants de moutons. La préservation de cet environnement éviterait selon lui l'érosion du sol qui favorise les avalanches, les coulées de boue et autres pluies torrentielles.

    Toujours soucieux de vulgariser les connaissances scientifiques de l'époque, il fait paraître ses travaux, recherches et constats dans de nombreux articles publiés en grande partie dans les revues La Nature et L'Astronomie. Quant à ses clichés, si certains servent à illustrer ses travaux scientifiques, d'autres nous présentent les Pyrénées d'avant-guerre : Rudaux immortalise ainsi la transhumance des moutons, les pyrénéens au travail et plusieurs autres sujets ethnographiques.

    5. Les missions Martel

    Édouard-Alfred Martel (1859-1921), éminent géologue et fondateur de la spéléologie, a déjà exploré et découvert un grand nombre de grottes et de gouffres en France et à l'étranger lorsqu'en 1908, il est missionné par le ministère de l'Agriculture pour aller explorer les Pyrénées souterraines. Sa " tâche officielle consistait surtout à reconnaître jusqu'à quel degré les régions calcaires des Pyrénées sont fissurées et pourvues d'eaux souterraines utilisables " (Lucien Rudaux, " Le Caugno de Los Goffios ", dans La Nature, n° 1916, 12 février 1910, p. 163).

    Une première mission est organisée en juillet et août 1908, puis une seconde l'année suivante à la même période. Martel s'entoure de nombreux collaborateurs dont Lucien Rudaux, " en qualité de météorologiste et dessinateur " (Lucien Rudaux, " Le Caugno de Los Goffios ", dans La Nature, n° 1916, 12 février 1910, p. 163). Les deux hommes se sont sans doute rencontrés grâce à la revue La Nature ; Martel l'a dirigée de 1905 à 1919 et Rudaux y a rédigé un grand nombre d'articles (près de cent cinquante, parus entre 1904 et 1946). De plus, le profil de Lucien Rudaux convient très bien aux exigences de ces missions : illustrateur et dessinateur dont les qualités ne sont plus à démontrer, il est également alpiniste, habitué des séjours en montagne. En effet, depuis 1904, il se rend régulièrement dans les Pyrénées pour ses recherches.

    De ces deux explorations, Lucien Rudaux a laissé de nombreux clichés et trois carnets de notes et de dessins, véritables témoins de ce qu'était une mission de spéléologie au début du XXe siècle, pour son caractère pénible et dangereux, sans compter les risques quotidiens de chutes et de noyades. Dans l'un de ses articles, Rudaux raconte une mésaventure qui aurait pu lui être fatale : " Une fois, nous nous sommes trouvés, avec un ami, à un kilomètre du jour, avec un bateau crevé, tous deux tombés à l'eau, et une seule bougie allumée ayant survécu au naufrage ; le retour a été laborieux, d'autant qu'il fallait passer sous des voûtes surbaissées, franchissables seulement en lançant l'embarcation d'un bon coup d'aviron et se couchant au fond, pour passer en raclant la voûte avec l'épine dorsale ! " (Lucien Rudaux, " La course aux ténèbres ", dans Je sais tout, n° 76, 15 mai 1911, p. 433.). Avant cela, l'expédition dans les montagnes se fait à pied, les bœufs ou les mulets étant chargés de porter le matériel (échelles, canots, cordages, vivres). Ces abîmes, souvent profonds de plusieurs dizaines de mètres, sont parfois difficiles d'accès.

    " Un puits doit être sondé avant la descente pour savoir la quantité d'échelle de corde à y lancer, et il doit l'être dans tout son pourtour afin d'en reconnaître les parois dont les obstacles en saillies s'opposent le moins à la descente. Minute impressionnante que celle où le groupe réuni au bord de l'ouverture béante se demande par où l'attaque va commencer. Les pierres qu'on y lance tout d'abord y provoquent d'étranges et terribles sonorités et les échos mourants semblent s'y perdre dans l'infini souterrain. [...] La place choisie, l'échelle est bien vérifiée, allongée sur le sol et détortillée ; ? en tombant elle retrouvera suffisamment l'occasion de s'embrouiller à nouveau ! ? puis roule sur elle-même et soigneusement amarrée après un arbre, des pieux de fer ou des pointes de roches, elle est précipitée dans le vide ou elle se déroule avec un fracas épouvantable si le puits est étroit. Les allures qu'elle peut prendre sont multiples : ou bien elle pend, toute droite contre une paroi absolument verticale [...]. Il y a aussi des abîmes en façon cloche ; ouverture étroite et élargissement brusque et très accentué. Alors l'échelle pend au milieu comme un fil à plomb, et le malheureux qui s'y cramponne, s'il n'est pas rompu à cet exercice, finit par décrire dans le vide ténébreux des mouvements pendulaires à grande ampleur, sans compter ceux de rotation qui ne manquent pas de se produire. [...] Descendre avec une lampe ou une bougie allumée, tenue au chapeau ou entre les dents, est une sérieuse complication aussi. [...] Du reste, cette question de l'éclairage, comme celle de la communication avec l'équipe des aides restés au dehors, est tout à fait primordiale. [...] Il ne faudrait pas croire que seules les descentes d'abîmes soient périlleuses. Sans doute à cause de la mise en scène, elles sont plus impressionnantes, mais la navigation intérieure, ou même la simple reconnaissance, à quatre pattes, dans des boyaux étroits ne sont pas exempts d'imprévus et de difficultés. [...] Quant aux bateaux de toile, à l'aide desquels il faut toujours avancer prudemment car ils crèvent avec une facilité déplorable, ils vous réservent des noyades fréquentes. [...] Ces peines, ces fatigues, ces dangers et les écorchures, plaies ou bosses qu'on ne manque pas de se faire sont largement payées par cet attrait puissant de l'inconnu et la magie de décors inouïs qui se découvrent." (Lucien Rudaux, " La course aux ténèbres ", dans Je sais tout, n° 76, 15 mai 1911, p. 430-434).

    Les recherches de Rudaux dans le domaine se poursuivent après ces deux missions. Il retourne à de nombreuses reprises dans les Pyrénées et notamment au Soum de Lèche (Pyrénées-Atlantiques) étudier la neige dans les gouffres (Lucien Rudaux, " La neige dans les gouffres des Pyrénées ", dans La Nature, n° 2124, 7 février 1914, p. 183-187). Et ses " très fidèles dessins " (Édouard-Alfred Martel, " La rivière souterraine de Labouiche ou la Grange (Ariège) ", dans La Nature, n° 1901, 30 octobre 1909, p. 344) illustrent non seulement ses articles mais également les travaux de Martel.

    6. La Manche de Lucien Rudaux

    Lucien Rudaux arrive à Donville-les-Bains avec ses parents dans les années 1880. Très vite, un lien particulier l'unit à cette région où la mer tient une place primordiale. Si c'est à Donville qu'il effectue la plupart de ses observations scientifiques, il y réalise également de nombreux reportages ethnographiques avec la mer pour décor. En effet, il nous laisse plusieurs centaines de clichés sur les activités maritimes manchoises.

    - La pêche

    Invité à monter à bord de bisquines, Rudaux immortalise la pêche au chalut et le dragage des huîtres. De ces périples et dans un souci pédagogique, il photographie soigneusement chaque geste habile et difficile de ces hommes de la mer. Nous sommes un jour de caravane dans les années 1906-1907 ; des dizaines de bateaux, toutes voiles dehors, quittent le port de Granville. Arrivé sur le lieu de la pêche, l'équipage fait tomber les dragues et la pêche peut commencer. Pendant que le patron manœuvre sa bisquine pour que les dragues se remplissent, les hommes ont quelques minutes de répit. Mais, le repos n'est que de courte durée car il faut déjà remonter les fers. La manœuvre est pénible mais le contenu des dragues est enfin vidé sur le pont. Un homme s'est blessé ; il est soigné par ses camarades avec les moyens du bord. Puis, les mêmes gestes recommencent inlassablement : pendant que les dragues sont remises à l'eau, il faut désormais trier les huîtres et ce jusqu'au retour au port.

    Nous sommes toujours à Granville un jour de grand départ. Rudaux est au milieu de cette foule qui se presse sur la jetée pour admirer le spectacle. Les morutiers ont été chargés de leurs provisions et s'apprêtent à prendre le large vers les bancs de Terre-Neuve. Les navires empruntent l'écluse avant de quitter le port et les marins se sont déjà tous rassemblés sur le pont pour saluer une dernière fois famille et amis ; ils ne reviendront que dans six mois. Le printemps puis l'été passent et c'est enfin le temps des retrouvailles. Les terre-neuvas sont de retour et les femmes, avec leurs charrettes, les attendent pour décharger la cargaison de morues sèches. Le départ ou le retour sont parfois un peu mouvementés. Le 28 novembre 1903, alors que la tempête fait rage, le terre-neuvas L'Espoir dérive dangereusement vers le rivage, pour finalement s'échouer sur la plage de Donville-les-Bains. Les hommes et la cargaison sont évacués sous les yeux des premiers curieux. Le calme est revenu et la mer déchaînée n'assène plus ses vagues destructrices sur la coque du navire qui gît désormais paisiblement sur le sable. La mer a rejeté un corps : c'est un membre de l'équipage.

    - La récolte de varech

    " C'est ici […], dans ce coin de Normandie, où la moisson de l'herbe de la mer était un des spectacles les plus familiers, où les riverains vivaient du profit de cette étrange récolte, que cette industrie offrait le plus de caractères historiques et pittoresques. […] Cette moisson inattendue se fait en été, mais seulement aux époques des grandes marées, quand les herbiers se découvrent. Alors les paysans attellent leurs meilleurs chevaux à leurs voitures les plus solides et, accompagnés de toute leur maisonnée, ils suivent par familles le reflux qui leur abandonne peu à peu les vastes prairies sous-marines. Chacun se presse, entrant dans l'eau aussi loin qu'il le peut, dépassant le voisin pour s'installer le premier, si possible, aux endroits les plus fertiles. Et le dur labeur commence. L'homme manie péniblement la faul, car c'est seulement alors qu'elles se dressent en ondulant dans leur élément que les longues herbes peuvent être tranchées à ras du sol… Les femmes, les enfants, armés de râteaux, rassemblent la pailleule coupée qui flotte, puis la hissent sur les charrettes en lourdes et ruisselantes brassées. […] Puis la mer remonte ; à grands coups de collier les chevaux entraînent vers la dune la première récolte " (Lucien Rudaux, " La disette des moissons de la mer ", dans L'Illustration, n° 4828, 14 septembre 1935, p. 38-40).

    - À bord de l'Augustin-Fresnel

    Autorisé par le capitaine Méquin à monter à bord de l'Augustin-Fresnel, le nouveau navire baliseur attaché au port de Granville, Lucien Rudaux photographie les gestes délicats et dangereux des agents des Ponts et Chaussées. Il nous fait assister au ravitaillement du phare du Sénéquet, à l'entretien d'une bouée et d'une balise et à la construction en pleine mer de la base d'une balise : scènes rarement photographiées qui sont autant de précieux témoignages d'un métier méconnu.

    - Chausey

    " Ces îles, que leur faible éloignement de la côte recommande aux moins marins des touristes, méritent mieux que d'être considérées comme un simple lieu de promenade. Il y a beaucoup à admirer et à observer dans le domaine du pittoresque, et surtout dans celui des phénomènes naturels se traduisant là par des faits d'un caractère ou d'une ampleur vraiment remarquables " (Lucien Rudaux, " Les îles Chausey ", dans La Nature, n° 2002, 7 octobre 1911, p. 292).

  • Date :

    1880-[1995]

  • Nature du contenu : Recherche détaillée
  • Description physique :

    Nombre d'éléments : 7339 documents photographiques

    Genre/Carac. phys. : Document iconographique

  • Biographie ou histoire :

    Biographie ou histoire

    Extrait de : De la terre aux étoiles : Lucien Rudaux, 1874-1947, illustrateur et photographe donvillais / POIRIER-HAUDEBERT, Sophie. – Saint-Lô : Archives départementales de la Manche, 2010.

    Né à Verdun (Meuse) le 10 février 1840 mais élevé à Paris, Edmond Rudaux s'oriente définitivement vers une carrière artistique après son échec à l'entrée dans l'administration. Ce choix s'avère fructueux. Peintre de genre et graveur, il acquiert une grande renommée. Si son tableau "Le Péage", exposé au Salon de 1869, est un succès, Edmond Rudaux est surtout connu comme illustrateur. Ses eaux-fortes illustrent les ouvrages des grands auteurs de son époque : Victor Hugo, Pierre Loti, Gérard de Nerval, George Sand ou encore Émile Zola. Ses œuvres, souvent exposées dans les salons de la fin du siècle, sont récompensées à deux reprises, en 1893 et en 1900, par la section de gravure.

    Edmond Rudaux épouse Marie-Louise Libert à Paris le 7 juillet 1869 (Archives de Paris, V4E 188). De cette union naissent deux garçons : Henri, à Paris le 5 avril 1870, et Lucien, quatre ans plus tard, le 16 octobre 1874 à Caudebec-lès-Elbeuf (Seine-Maritime).

    La santé d'Edmond oblige la famille à s'éloigner de la vie parisienne et à se retirer à la campagne. Les Rudaux investissent dans des terrains sur la côte ouest de la Normandie. Ils acquièrent à partir de 1881 plusieurs parcelles à Donville-les-Bains (Arch. dép. Manche, 4 Q Avranches). Sur ces terrains, ils construisent deux villas : les Gerbettes et le Rocher. C'est dans la première qu'ils s'installent et partagent leur temps entre elle et leur résidence parisienne. Edmond y aménage son atelier dans lequel il produit la plupart de ses gravures. Lucien Rudaux n'a pas dix ans lorsqu'il arrive à Donville.

    Élevés entre terre et mer, et baignés dans un milieu artistique et culturel, les deux fils d'Edmond s'épanouissent librement et apprennent très tôt le dessin, la gravure et même la photographie auprès de leur père. Henri, nommé à ses débuts peintre officiel de la Marine, est également connu comme portraitiste et illustrateur. Lucien suit les pas de son père et de son frère aîné ; il débute sa carrière comme dessinateur et illustrateur. Il pratique remarquablement la gravure et l'aquarelle, talents qui, conjugués avec ses dons d'observation, le font rapidement connaître dans les milieux scientifiques qu'il fréquente.

    Le 12 novembre 1895, il est appelé à faire son service militaire et rejoint le 2e régiment d'infanterie à Granville. Blessé à la cheville gauche au cours d'un entraînement, il n'échappe pas au front lorsque la Grande Guerre éclate. Il est mobilisé le 13 août 1914 et intègre, cinq mois plus tard, le service auxiliaire pour " fracture ancienne et faiblesse cardiaque " (Arch. dép. Manche, 1 R 2 / 78). Il est réformé le 17 janvier 1917 pour raison de santé.

    Le 26 mars 1900, Lucien Rudaux épouse Alice Rappin à Paris (Archives de Paris, V4E 8129) ; leurs témoins sont pour la plupart issus du milieu scientifique : Gustave Rappin (oncle de la mariée), directeur de l'Institut Pasteur de Nantes, Edmond Durin, chimiste, et enfin Camille Flammarion, illustre figure de l'astronomie française. Le 16 mai 1901 (Arch. dép. Manche, 3 E 165 / 10), Alice met au monde, aux Gerbettes, André, fils unique de Lucien. Les rares clichés familiaux que l'on découvre dans la collection montrent un père attentif et tendre. Ici, on voit André, apprenti astronome ; là, pêchant sur la plage. En 1907, ses parents divorcent. Lucien se remarie à deux reprises, d'abord avec Marguerite Coupin dont il sera veuf, puis, le 3 octobre 1933, avec Marie-Louise Cloche, de trente-deux ans sa cadette. Cette dernière le veille jusqu'à sa mort. Gravement malade pendant quelques semaines, Lucien Rudaux s'éteint dans son appartement parisien le 15 mars 1947.

  • Conditions d'accès :

    Modalités d'accès

    Originaux non communicables

  • Producteur : Archives départementales de la Manche
  • Origine : Lucien Rudaux
  • Modalités d'entrées :

    Informations sur les modalités d'entrée

    Déposé par M. et Mme Edouard Mechler, le 16 décembre 2010.

  • Mode de classement :

    Mode de classement

    Classement par supports photographiques (vues stéréoscopiques, moyens et grands formats) puis thématique.

  • Conditions d'utilisations :

    Conditions d'utilisation

    TOUTE DEMANDE DE REPRODUCTION EST SOUMISE A L'AUTORISATION DES PROPRIETAIRES. LA DEMANDE EST A FORMULER PAR L'INTERMEDIAIRE DES ARCHIVES.

    Numérisé sous la cote 119 Num.

  • Traitement :

    Sophie Poirier-Haudebert

  • Mots-clés