“Usine, gamelle, paillasse et toujours usine, gamelle, paillasse” Léo, 16 mai 1944
Le 10/05/2019 à 13h57 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

L’envoi des prisonniers de guerre en Allemagne, dès 1940, préfigure les transferts de main-d’œuvre française qui se déroulent tout au long de l’Occupation.  

Le volontariat

Dès le début de l’Occupation, les Allemands cherchent à recruter de la main-d’œuvre pour leurs usines. Ils ouvrent des bureaux de placement pour embaucher des travailleurs français qui, selon les affiches de propagande, trouveront en Allemagne de meilleurs salaires, des avantages sociaux… Une ordonnance allemande du 8 juin 1942 prescrit aux tribunaux de surseoir à toutes les procédures en matières civiles et commerciales concernant les volontaires qui auraient souscrit un contrat de travail en Allemagne. Pour les volontaires, l’engagement idéologique entre peu en ligne de compte. Le poids des circonstances, le désœuvrement, le chômage, l’attrait d’une nouvelle aventure, l’appât du gain sont des facteurs beaucoup plus déterminants. Mais, le volontariat est un échec.

La Relève

L'armée allemande réclamant toujours plus de soldats, notamment sur le front de l’Est, le Reich doit faire appel massivement à la main-d’œuvre étrangère pour maintenir son niveau de production. Le 21 mars 1942, Fritz Sauckel est nommé plénipotentiaire au recrutement et à l’emploi de la main-d’œuvre dans les territoires occupés du Reich. En avril 1942, il exige du gouvernement français 250 000 ouvriers pour le mois de juillet. Pour satisfaire aux exigences allemandes en matière de travailleurs, Pierre Laval négocie d’abord la « Relève » : l’envoi en Allemagne de trois ouvriers spécialistes en échange du retour en France d’un prisonnier de guerre. Mais l’échec est patent : 70 000 départs en France, 1 591 dans la Manche.

 

Affiche pour la Relève, Archives de la Manche, 203 Fi 6

Le travail obligatoire

L’échec du volontariat et le non-respect des demandes de Sauckel entraînent Vichy, sous la pression des Allemands, à promulguer la loi du 4 septembre 1942 « relative à l’utilisation et à l’orientation de la main d’œuvre ». Elle instaure un recensement obligatoire pour les hommes de 18 à 50 ans et les femmes de 21 à 35 ans. Pour l’année 1943, les exigences allemandes augmentant, Laval crée, le 16 février 1943, le Service obligatoire du travail (SOT), vite rebaptisé Service du travail obligatoire (STO), c’est-à-dire la réquisition et l’envoi forcé en Allemagne de travailleurs français appartenant aux classes 1920 à 1922. Désormais, toutes les professions sont concernées, plus seulement les ouvriers qualifiés comme pour la Relève.

 

Au 31 mars 1943, échéance de la 2e action Sauckel, ils sont 77 000 requis français à avoir pris le chemin de l’Allemagne. En avril, ils sont 200 000, soit au total un presque succès pour Vichy et les Allemands. Une nouvelle circulaire de Sauckel du 23 avril 1943 réclame à nouveau 220 000 travailleurs pour juin 1943. Potentiellement, dans le cadre du STO, 900 000 travailleurs sont susceptibles de partir pour l’Allemagne. Environ 715 000 ont été convoqués pour une visite médicale. À ce chiffre, sont soustraits les inaptes (53 000), ceux qui y échappent de droit (280 000 gendarmes, policiers ou cheminots). Mais seuls 159 000 sont partis. Un semi-échec qui entraîne, en janvier 1944, Fritz Sauckel à réclamer pas moins d’un million d’ouvriers à la France pour le 30 juin. Le nombre de départs se situe entre 36 000 et 50 000, et ce malgré l’extension du principe du travail obligatoire à tous les hommes de 16 à 60 ans et toutes les femmes sans enfants de 18 à 45 ans, et l’extension du STO aux classes 1943, 1944 et 1945 (nés en 1923, 1924, 1925).

 

Localement, des comités départementaux sont chargés du recensement. Les intéressés sont convoqués en mairie, munis d’une carte d’identité et du dernier bulletin de paye. Pour empêcher ces jeunes gens de se soustraire à la réquisition, ils doivent se faire pointer à la mairie de leur commune, par les gendarmes. Dans la Manche, Michel Boivin évalue à 4 000 le nombre de requis partis en Allemagne entre le 1er octobre 1942 et juillet 1944. Le STO amène bon nombre de réfractaires à venir se cacher dans les campagnes.

 

Nicolas Bourdet et Jérémie Halais

 

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