“Les Allemands s’étaient mis en tête depuis plus d’un an, de creuser un tunnel ou un souterrain” Léo, 12 mai 1944
Le 10/05/2019 à 11h21 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

La porte menant sous les remparts de Saint-Lô intrigue encore aujourd'hui nombre de ceux qui n'ont pas eu l'occasion de s'y rendre. L'ouverture d'un chantier à cet endroit, décidée en mars 1943 par l'autorité d'Occupation, ne manque pas non plus d'étonner les Saint-Lois qui se demandent quelle peut être la nature des travaux entrepris là. D'autant que très rapidement ces derniers sont dissimulés. On parle d’un tunnel… mais celui-ci ne mène nulle part, c’est donc bien d'un souterrain dont il s'agit.

La construction

Sur une centaine de mètres environ, la rue de la Poterne, beaucoup plus étroite qu'aujourd'hui, est fermée. Côté carrefour de l'hôpital (actuellement carrefour du 6 juin), une palissade d'environ 2,50m de haut est placée entre le rocher et le mur d'un des bâtiments de l'hôpital lui faisant face. À l'autre extrémité et dans l'alignement de la passerelle pour piétons, qui à l'époque enjambe la Vire et donne accès à la place de la gare, une fermeture mobile, un genre de passage à niveau permet l'entrée des camions du chantier et des véhicules se rendant à l'hôpital. Toute personne étrangère est bien sûr interdite de circulation dans cette zone.

11 heures par jour, 6 jours par semaine

Cela n'empêche pas les Saint-Lois de se rendre compte, au bout de quelques semaines, qu'il s'agit de travaux de percement du rocher et l'idée se répand que les Allemands creusent là un tunnel, pour sans doute, y installer un hôpital, édifié donc sous le terrain de l'enclos, à l'aplomb du jardin public. L'entreprise allemande, en charge du chantier, la « TUNNEL UND TIEFBAU » a son bureau sur la place des Beaux-Regards. Elle emploie trois personnes dont une allemande. Cinq autres Allemands, des civils, interviennent sur le chantier proprement dit : un ingénieur, deux surveillants dont un prénommé Gustave, un mécanicien répondant au prénom d'Herman et un perceur travaillant au tunnel. Un sixième civil arrive fin 1943, amputé d’un bras lors des combats sur le front de Russie avec pour mission de surveiller les travaux. Le reste de l'effectif comprend une dizaine de Français, requis au titre du STO (Service du Travail Obligatoire) venant de Saint-Lô et Coutances, quatre Nord-Africains et deux Italiens, maçons de profession. Le temps de travail est de 11 heures par jour (7h/19h – une heure pour le repas), 6 jours par semaine.

 

Saint-Lô, le carrefour de l'hôpital (coll. part.)

À la dynamite

Les renseignements que nous ont laissés deux des ouvriers français du chantier nous permettent de mieux apprécier la façon dont les travaux sont conduits. L'ouvrage s'organise autour de deux galeries parallèles desservant sur leur parcours des salles plus ou moins importantes. On perce d'abord la galerie de gauche, puis celle de droite (celle qui subsiste aujourd'hui). Le creusement s'effectue à l'aide de perceuses actionnées de l'extérieur par un gros compresseur. Quinze à vingt trous sont ainsi réalisés puis remplis de bâtons de dynamite, la dernière cartouche étant munie d'un détonateur avec un cordon d'un mètre.

 

Au début des travaux, avant la mise à feu, un coup de trompette prévient le personnel de l'hôpital qu'il convient de procéder à l'ouverture de toutes les fenêtres donnant sur la rue. Quelques minutes après l'explosion, une équipe pénètre dans l'excavation ainsi obtenue pour procéder à l'évacuation de plusieurs mètres cubes de roche schisteuse, assez fragile, géologiquement appelée « phyllade de Saint-Lô ». L'évacuation se fait à l'aide de wagonnets utilisés sur une voie de chemin de fer de faible écartement. Une fois à l'extérieur, ces wagonnets sont tirés par un treuil le long d'un plan incliné et leur contenu est déversé dans des camions d'une entreprise parisienne réquisitionnée. Sûrement les petites routes et chemins des environs de Saint-Lô en ont-ils-il bénéficié.

Bétonnage et murs en briques

À l'intérieur du rocher, il reste alors, pour parfaire la voûte, à faire tomber les morceaux dangereux ou présentant quelques aspérités. On le fait à l'aide de marteaux-piqueurs parfois tenus à bout de bras. Le coffrage est assuré avec des poutrelles de fer cintrées et des planches posées au fur et à mesure de la montée du béton acheminé d'une bétonnière extérieure. Dans les salles que desservent les galeries, on colle sur les parois en béton, à l'aide d'un goudron très chaud, des rouleaux de caoutchouc, puis les maçons interviennent pour poser les briques. Ces dernières auraient été fabriquées dans une briqueterie située rue Guillaume Michel à Saint-Lô. La progression se fait par tranche d'un 1m50 environ. L'achèvement de la première salle permet la mise en place d'un groupe électrogène et l'installation le long de la paroi d'une canalisation permettant l'évacuation des eaux usées et la pose de câbles nécessaires. Dans la partie la plus profonde, un puits permet ultérieurement de subvenir à certains besoins en eaux. Le groupe électrogène assure l'éclairage des lieux.

 

Nicolas Bourdet

 

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