Lettre datée de Paris, signée de Gabriel [de Boislève], évêque d'Avranches, relatant des événements de la Fronde
Le 23/04/2019 à 14h52 par Archives Manche
Résumé

Exercice de paléographie #6 2018-2019

Exercice donné à l'occasion des ateliers d'initiation à la paléographie et à la recherche en archives proposés par les archives départementales

 

source : Arch. dép. Manche, 2 J 1838

 

 

> Télécharger le document de travail <

_____________________________________________________________________________________

 

Lettre datée de Paris, signée de Gabriel [de Boislève], évêque d'Avranches, relatant des événements de la Fronde

 

Transcription

 

 

8 janvier 1652 M. l'Evesque d'Avranches

 

[ajouté au crayon : Gabriel eveque d’Avranches]

[en marge : M l'Evesque d'Avranche[1]]

 

Monseigneur, Cour

 

/1 En arrivant en ceste ville executant les commendemens /2 de Votre Eminence[2], j'ay veu tous messieurs les prelats[3] affectionnés /3 a votre service, lesquelz sont resolus de s'assembler au /4 premier jour pour demander justice au Roy contre /5 l'argument injurieux a toutte l'eglize donné par le /6 Parlement[4] lequel a pris un fondement ridiculle pour /7 le rendre, qui est la declaration du mois de septembre /8 dernier[5], extorquée par la violence et sedition des peuples /9 ainsi monseigneur, il seroit a propos d'en faire /10 sceller une contraire et l'envoier promptement a monsieur le /11 procureur general[6], cela feroit revenir plusieurs /12 conseillers de la cour qui ne demandent qu'un titre /13 pour arrester le cours de touttes les violences de vos /14 enemis sans cela il est imposible de pouvoir rien faire /15 en vos interests dans ledit Parlement. Hier, Monseigneur le /16 duc d'Orleans[7] envoia un gentilhomme a Rouen pour /17 attirer a son party monsieur le duc de Longueville[8] auquel /18 il offre de le faire son lieutenant general, le parlement /19 de Rouen est bien intentionné pour le service du Roy//20 monsieur d'Orleans leur a escrit, cela pourra les esbranler/ /21 monsieur le duc de Rohan est Angers, lequel a ce que l'on croit /22 veut entrer dans le party de monsieur le prince. Je luy viens /23 d'escrire et luy mande que votre Eminence m'a commendé de /24 l'assurer de son amitié comme l'aiant tousjours cogneu /25 tres fidelle au Roy et attaché a vos interests. L'on a deslivré /26 force commissions en ceste ville pour lever des gens de /27 guerre, l'on a point encor donné d'argent si bien que cela /28 ira fort lentement le parlement a refusé de toucher aux

 

[page 2]

 

/1 deniers du Roy/. Le peuple de Paris ne veut point /2 entendre parler de guerre et tous les bons bourgois sont /3 resolus de s'opposer a la canaille. Au dernier jour, il /4 y a eu assemblée des rentiers chez monsieur le president Le /5 Bailleul[9] pour aller prier Monsieur d'Orleans d'esloigner les gens /6 de guerre de la generalité de Paris affin que le fond de /7 leurs rentes ne soit consommé pour les estappes desditz /8 soldatz. L'on croit qu'il y a mesintelligence entre monsieur /9 le coadjeuteur[10] et madame de Chevereuse[11]. Demain l'on /10 croit que Monsieur d'Orleans ira au Parlement pour trouver /11 les moiens d'avoir de l'argent pour la levée de ses /12 trouppes. J'ay veu quelques uns de mes amis particuliers /13 qui sont bien resolus de s'i opposer. Tous vos serviteurs /14 sont icy en grande impatience d'apprendre l'approche de /15 votre Eminence et de son armée de la cour ou je vous souhaitte /16 avec aultant de passion que je suis.

 

Monseigneur Votre tres humble et

tres obeissant et

a Paris le 8e janvier obligé serviteur

1652

 

 

Gabriel Evesque

d'Avranches

 

[1] Gabriel de Boylesve, évêque d’Avranches (1651-1667). Nommé conseiller au Parlement de Paris en 1645.

[2] Le Cardinal Mazarin, rappelé par le roi en décembre 1651 alors que le Parlement l’avait contraint à l’exil (en avril 1651, le Parlement obtient de la Reine une déclaration qui exclut les cardinaux des conseils du Roi).

[3] Haut dignitaires ecclésiastiques

[4] Parlement de Paris. Cour de justice souveraine qui juge en appel les décisions des juridictions inférieurs (bailliages, parlements locaux). Enregistre et valide les ordonnances et édits royaux pour acceptation tout en bénéficiant d’un droit de remontrance s’il s’oppose à une décision du roi.

[5] C’est le 7 septembre 1651 qu’est proclamée la majorité de Louis XIV (13 ans). Le Prince de Condé soulève alors le Sud-Ouest et conclu en novembre un accord avec les Espagnols.

[6] Il s’agit ici de Nicolas Fouquet, célèbre surintendant des finances de Louis XIV qui avait acquis une fortune considérable avant d’être disgracié par le roi.

[7] Gaston d’Orléans, 3e fils d’Henri IV. Supplanté par Anne d’Autriche pendant la minorité de Louis XIV, il prend part à la Fronde avant d’être envoyé en exil par Mazarin.

[8] Henri II d’Orléans (1595-1663). Fait parti des aristocrates soutenant le Parlement. Essaye de soulever la Normandie pendant la Fronde pour défendre Paris contre les troupes de Condé. Arrêté en janvier 1650 sur ordre de Mazarin.

[9] Nicolas Bailleul (1586-1652). Surintendant des finances jusqu’en 1647 où il est évincé au profit d’un proche de Mazarin.

[10] Jean-François Paul de Gondi, coadjuteur de son oncle le Cardinal de Retz. Tente de se faire médiateur mais est congédié par la reine. Demande le renvoi de Mazarin. Sera jeté en prison lors du retour du roi à Paris fin 1652.

[11] Anne de Gonzague de Clèves

Mots clés : 
Partagez cet article
Commentaires

Seuls les utilisateurs identifiés peuvent laisser un commentaire.

Me connecter à mon compte