“C’est la chasse aux réfractaires du travail obligatoire” Léo, 18 avril 1944
Le 01/04/2019 à 10h54 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

Le 4 septembre 1942, la loi « relative à l’utilisation et à l’orientation de la main-d’œuvre » est promulguée par le gouvernement Laval. Les hommes de 18 à 50 ans et les femmes de 21 à 35 ans sont tenus à la conscription. Le 16 février 1943, Pierre Laval instaure le Service obligatoire du travail (SOT), vite rebaptisé Service du travail obligatoire (STO), c’est-à-dire la réquisition et l’envoi forcé en Allemagne de travailleurs français appartenant aux classes 1920 à 1922.

Les réfractaires au STO

Certains refusent de partir. A Saint-Lô, ces réfractaires représentent 35 % des requis. Les premiers refus interviennent dès novembre 1942 lorsqu’il s’agit de se faire recenser.

 

 

La plupart des réfractaires se cachent dans le département, dans des communales rurales où ils trouvent du travail dans les fermes. Durant leur période de clandestinité, ils sont parfois obligés d’exercer un métier différent du leur. Fonctionnaire, le saint-lois André Fossey se trouve un emploi dans une laiterie à Teurthévile-Hague, puis, à Saint-Lô, dans un garage où sa « principale occupation [est] le nettoyage des gazogènes ».

La chasse aux réfractaires

Ces clandestins risquent à tout moment de se faire arrêter. André Fossey raconte comment, en avril 1944, il a échappé à l’interpellation : « Au début d’avril 1944, un événement a pourtant bien failli m’être fatal. Les Allemands faisaient de plus en plus la chasse aux réfractaires, et une grande rafle eu lieu à Saint-Lô. C’était un midi, à l'heure du déjeuner chez ma tante au 2e étage de l’immeuble 17, rue Valvidemesle. Coup de sonnette à la porte du rez-de-chaussée. Les voisins vont ouvrir : grands bruits de voix et de pas pesants dans l’escalier. Arrêt au niveau de notre étage et ma tante se précipite pour ouvrir sa porte. Je la retiens impérativement et lui impose le silence. Les pas continuent vers l’étage supérieur et, au bout d’un moment, on entend redescendre. […] Peu après, le voisin […] vient nous trouver et nous dit que deux feldgendarmes, accompagnés d’un civil, lui ont demandé où j’habitais ».

 

En effet, en ce printemps 1944, l’occupant mais surtout le régime de Vichy, la police et les collaborateurs traquent les réfractaires. Deux collaborateurs locaux se font, par exemple, passer pour des requis qui ne souhaitent pas partir en Allemagne. Ils piègent ainsi les personnes disposées à les aider. D’autres, membres du Parti populaire français (PPF) ou engagés dans la milice, gardent les jeunes arrêtés et internés à la caserne Bellevue.

 

Jérémie Halais et Nicolas Bourdet

 

Source : André Fossey, « Réfractaire au STO », dans Revue de la Manche, fasc. 141, t. 36, 1994, p. 57-64.

Mots clés : 
Partagez cet article
Commentaires

Seuls les utilisateurs identifiés peuvent laisser un commentaire.

Me connecter à mon compte