“Les bombes n’ont pas arrêté” Léo, 29 avril 1944
Le 13/02/2019 à 12h09 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

Le jeudi 20 avril, vers 19 heures, la région du Nord-Cotentin subit de violents bombardements. Celui touchant La Glacerie est particulièrement dramatique.

 

Des bombardements sur la Manche

La cible militaire était vraisemblablement un tunnel en cours d’aménagement sous la colline voisine, à l’entrée du village. Cet objectif n’est pas atteint, mais le bourg et ses habitants sont durement éprouvés : 16 personnes sont tuées et 13 autres plus ou moins grièvement blessées. Une vingtaine de communes ont reçu des bombes ce soir-là. À Brix, l’une des cibles alliées est la base de lancement de V2. Le 20 avril, 71 avions ont lâché 557 bombes. C’est le plus gros bombardement répertorié sur ce site qui a souvent été pilonné : entre février et mai 1944, l’aviation alliée lâche en tout 1735 bombes.
 

Les bombardements sont de plus en plus fréquents et les dégâts matériels importants. À Cherbourg, entre juillet 1940 et février 1942, 114 immeubles sont détruits totalement et 901 partiellement au cours de 26 bombardements. Au début de juin 1942, la ville de Cherbourg est sinistrée à hauteur de 13 %, on y dénombre alors 4380 sinistrés pour une population de 33469 habitants. Au 25 février 1944, le nombre des immeubles totalement détruits passe à 153 et celui des immeubles partiellement détruits à 1090 pour 51 bombardements.

 

Entre le 26 juin 1940, date du premier bombardement allié sur le département de la Manche et le 5 juin 1944, date des derniers bombardements alliés précédant le jour J, 602 bombardements et 135 mitraillages alliés ont été recensés et localisés par la police, la gendarmerie, la Défense passive. Plus de la moitié se déroulent au cours de l’année 1944 : 312 bombardements et 40 mitraillages du 1er janvier au 5 juin 1944.

 

Des victimes civiles

Entre le 26 juin 1940 et le 5 juin 1944, 405 victimes manchoises ont été identifiées. Les Cherbourgeois sont surreprésentés, ce qui s’explique par le choix des sites bombardés ou mitraillés : l’arsenal de Cherbourg ou les chantiers d'ouvrages défensifs du Cotentin.


La Manche n’est cependant pas le département le plus touché. Le Nord et le Pas-de-Calais, plus industrialisés et urbanisés, déplorent respectivement 392 et 963 tués, pour la seule année 1943, plus de 2000 dans ces deux départements en avril-mai 1944. En Bretagne, Brest dénombre 275 tués en 1941. Lorient et Saint-Nazaire sont évacuées en 1943. Le 16 septembre 1943, Nantes est victime d'un violent bombardement entraînant la mort de 812 personnes et en blessant 1785 autres. Dans la nuit du 18 au 19 avril 1944, les bombardements de Rouen font 816 morts. On dénombre 5577 impacts de bombes, 2796 immeubles détruits et 1466 endommagés.

 

Affiches de propagande dénonçant les bombardements alliés sur la France
(Archives de la Manche, collection des affiches de la seconde guerre mondiale, 203 Fi)


Évidemment ces destructions, ces victimes ne sont pas sans faire réagir l’opinion. Selon les rapports du préfet, les Manchois sont divisés sur la question. Ils les comprennent lorsque les victimes sont allemandes mais acceptent difficilement les dommages civils. La presse locale, toujours sous le contrôle de la censure, parle des "aviateurs qui sèment la mort dans la Manche" et note avec perfidie que les "escadrilles britanniques s’acharnent sur certaines localités où l’on chercherait en vain le moindre objectif militaire".

 

Nicolas Bourdet & Jérémie Halais

 

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