“Dans ses mains menottées, l’homme tenait une casquette” Léo, 13 mars 1944
Le 11/02/2019 à 12h41 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

André Groult dit Maxime, restaurateur saint-lois, membre du mouvement Organisation civile et militaire (OCM), est arrêté à son domicile, le 13 mars 1944 et incarcéré à la prison de Saint-Lô.

 

L’arrestation

Après la guerre, la veuve d’André Groult raconte dans quelles conditions s’est déroulée l’arrestation de son mari : « Le 13 mars 1944, vers 8 h 30 du main, Dufour [Arthur Junger alias Dufour, agent allemand du SD et gardien de la prison] est entré dans notre maison, accompagné de trois Allemands en uniforme. Ils ont immédiatement arrêté mon mari, et ont fouillé la maison de fond en comble. Je crois que Dufour avait trouvé un papier compromettant dans un placard de la cuisine. […] Je me souviens que Dufour avait déclaré : “Ca, c’est à garderˮ »

 

Aussitôt la nouvelle de cette arrestation, Hilaric Deffès, un autre résistant saint-lois, se rend chez M. Lemonnier de Gouville dit Le capitaine pour le prévenir. Ce dernier a rejoint  le domicile d’un ami à Isigny-le-Buat pour s’y cacher. Deux jours plus tard, Pierre Yvinec informé par son adjoint, André Troël des arrestations de Hillaric Deffès et d’André Groult s’enfuit en Bretagne.

 

Portrait d'un gardien de la prison de Saint-Lô par R. Chatel, 1944
(Archives de la Manche, 2 J 2619)

 

Des "interrogatoires musclés"

Durant sa détention, André Groult subit plusieurs « interrogatoires musclés » dirigés par Arthur Junger alias Dufour. En 1950, dans une déposition au commissariat de Saint-Lois, Louis Gablin, autre résistant saint-lois détenu à la prison, témoigne : "J’ai ainsi vu André Groult presque chaque jour […] Il me précisa qu’à trois reprises, ce policier allemand [Junger alias Dufour] l’avait interrogé, et qu’à chaque fois, il lui avait posé des questions ayant trait à l’organisation de son réseau de résistance, et aux noms de ses chefs. Devant son mutisme, Dufour avait donné l’ordre à deux policiers qu’il avait sous ses ordres, de frapper. C’était Dufour qui donnait le signal, armé d’une matraque, et qui en portait d’ailleurs quelques coups de temps à autres." Dès 1945, Louis Gablin publie un livre dans lequel il livre ses Souvenirs de la prison de Saint-Lô. Deux autres prisonniers, Robert Camy et René Huck, tous deux arrêtés comme otages après l’attentat de la rue des Noyers, corroborent ce récit.

 

De même, Camille Gontier, qui disposait d’un bureau "attenant à la prison allemande", se souvient d’un matin où il a vu André Groult "qui revenait du tribunal allemand, encadré de deux gardiens de prison allemands, et suivi par Dufour". Il précise : "J’ai été totalement épouvanté par l’état dans lequel il se trouvait. En effet, le malheureux avait la figure complètement tuméfiée, et toute noire par les coups reçus. […] Je précise qu’il avait les yeux et la bouche gonflés. Il semblait avoir beaucoup de difficultés à marcher, et se traînait lamentablement."

 

André Groult demeure incarcéré à Saint-Lô jusqu’au début de juin 1944. Il décède malheureusement dans le bombardement de la prison dans la nuit du 5 au 6 juin.

 

Jérémie Halais & Nicolas Bourdet

 

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