“Il est maintenant réquisitionné par les Allemands pour des travaux de terrassement” Léo, 9 mars 1944
Le 11/02/2019 à 12h13 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

De 1940 à 1944, pour alimenter son économie de guerre, le Reich réquisitionne de la main-d’œuvre dans toute l’Europe occupée, y compris en France. Cette mise à contribution prend diverses formes. Certains Français sont envoyés en Allemagne via le volontariat, le système de la Relève ou bien sont requis via le Service du travail obligatoire (STO). D’autres sont employés sur les chantiers de l’organisation Todt. Mais, il existe aussi des réquisitions locales.

 

Détail d'une affiche de propagande en faveur de la Relève
(Archives de la Manche, 203 Fi 41)

Travailleurs et gardes voies

En janvier 1941, le préfet de la Manche envoie une note aux maires pour créer, dans chaque commune, une équipe de travailleurs susceptibles d’être requis en cas de calamité publique. En effet, les Allemands veulent disposer de bras en cas d’incendie, d’inondations, de tempête, d’accident ferroviaire ou encore de bombardements. Ici ou là, les demandes sont diverses et variées : déblayer la neige, couper du bois, creuser des fossés, établir des terrassements, ou réaliser diverses tâches de ménage, de nettoyage…

 

En avril 1941, les autorités occupantes exigent la garde de certains points sensibles, comme des terrains d’aviation ou des barrages. Le préfet doit donc réquisitionner 438 hommes dont le traitement global s’élève alors à 14000 francs par jour. Aux frais de l’État français bien entendu. À partir d’octobre 1941, un corps de gardes des communications est constitué dont les détachements, stationnés en différents points du département, ont pour mission d’assurer la surveillance des ponts, des voies de communication, des voies ferrées et, éventuellement, des trains et des gares. Les gardes, désignés plus ou moins difficilement par les maires, souvent par tirage au sort dans les petites communes, sont rémunérés. Leur salaire horaire s’élève à 6 francs en février 1944.

 

L’organisation Todt

Toutefois, dans la Manche, les principales réquisitions locales de main-d’œuvre s’effectuent pour le compte de l’organisation Todt, dont la direction départementale est basée à Cherbourg. Les travailleurs sont d’abord des volontaires mais, à partir de septembre 1942, beaucoup sont réquisitionnés. Au 31 décembre 1942, on dénombre 1 500 requis dans la Manche. En avril 1944, ces réquisitions s’intensifient.

 

En septembre 1943, on recense sur les chantiers manchois de l’OT, 16000 travailleurs parmi lesquels 11000 Français dont 6000 requis, 3000 étrangers et 2000 Nord-Africains. En janvier 1944, ils sont 30000 dont 12000 Français, 10000 Nord-Africains, 3000 Espagnols (anciens internés politiques), 3000 Belges et Néerlandais (volontaires), 1000 Russes (traités comme des prisonniers de guerre et internés) et 500 Polonais (déportés). Ils sont logés dans des camps implantés à Auderville, Barfleur, Barneville, Brix, Cherbourg, Équeurdreville, Fermanville, Gonneville, Gréville-Hague, Huberville, Morsalines, Octeville, Quettehou, Rauville-la-Bigot, Saint-Pierre-Église, Sideville, Tourlaville. À plusieurs reprises, le sous-préfet de Cherbourg informe le préfet de la Manche sur "l’état d’esprit inquiétant qui règne parmi les ouvriers de l’OT".

 

Nicolas Bourdet & Jérémie Halais

 

 

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