“- C'est du marché noir, s'est écrié le gardien de la paix” Léo, 7 mars 1944
Le 11/02/2019 à 11h43 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

Le marché noir est difficilement quantifiable puisqu’il repose sur des transactions illégales qui, par définition, laissent peu de traces, hormis les cas de trafiquants pris "la main dans le sac".

 

Marché noir, "marché gris" et "marché brun"

Le marché noir est une transaction contraire aux réglementations en vigueur. Il concerne donc à la fois les vendeurs, les passeurs ainsi que les acheteurs. Il porte sur la pratique de prix supérieurs à la taxe, les dépassements de quantités par rapport aux rations légales, les abattages clandestins d’animaux de boucherie, les transactions de denrées contingentées sans tickets ou en dehors des marchés, les transports sans autorisation, les détentions de stocks illicites, les trafics de cartes ou de tickets d’alimentation.

 

Il est de coutume de distinguer le "marché noir", ayant trait à de grosses affaires impliquant un trafic organisé, au "marché gris", tout aussi illégal, mais concernant des petits profits. Un troisième type de marché illégal existe, le "marché brun", impliquant des relations mercantiles entre Français et occupants.

 

Affiche contre le marché noir (Collection particulière)

 

Le trafic des denrées alimentaires

Dans la Manche, le marché noir porte en premier lieu sur les produits alimentaires. Des agriculteurs, des boulangers, des bouchers-charcutiers profitent de la pénurie pour vendre clandestinement leurs denrées contingentées à des prix élevés, voire très élevés. Ils vendent à des trafiquants venus de Paris ou d’autres grandes villes, mais aussi à des consommateurs éprouvant des difficultés pour acheter des rations souvent insuffisantes. Des réseaux se mettent en place. De gros colis quotidiens, des valises bien pleines, voire des véhicules automobiles bien chargés, sont destinés "aux cousins de Paris".

 

Le 28 février 1944, L’Ouest-Éclair relate une affaire particulièrement importante dans laquelle sont impliqués un épicier en gros de Villedieu et un épicier de Sourdeval, coupables de trafic de tickets portant sur plus de 14 tonnes de sucre revendues au marché noir. Contre eux, sont relevées des hausses illicites dépassant les 2 millions de francs. L’affaire est transmise au parquet général près la Cour d’appel de Caen, aux fins de poursuites devant le tribunal spécial.

 

Un mois plus tard, dans L’Ouest-Éclair du 23 mars 1944, on peut lire un communiqué de la préfecture de la Manche sur les résultats de la lutte contre le marché noir, dans le département, pour le seul mois de février 1944 :

  • 322 procès verbaux ont été dressés contre des infractions au code des prix ou à la législation du ravitaillement ;
  • 120 amendes et confiscations ont été infligées pour un total de 650 000 francs ;
  • 64 jugements ont été rendus par les tribunaux, soit 359 800 francs d’amende et 58 784 francs de marchandises confisquées.

 

Jérémie Halais & Nicolas Bourdet

 

 

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