“Ils parlaient du Maréchal Rommel qui était venu chez nous dans la Manche” Léo, 25 février 1944
Le 11/02/2019 à 10h43 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

Effectivement, l’information entendue par Léo est bien exacte. L’Ouest-Éclair, du 21 février, ou Le Messager de la Manche, du 25 février 1944, font état de la venue, dans la Manche, du maréchal Erwin Rommel. 

 

Le Messager de la Manche, 25 février 1944

 

Le Mur de l’Atlantique

En décembre 1941, Hitler ordonne la construction d’un "Mur de l’Atlantique". L’objectif est de fortifier les 6 000 km qui s’étendent de la Norvège aux Pyrénées afin de repousser un éventuel débarquement anglo-américain. Confiés à l’organisation Todt, les travaux débutent à l’automne 1942. Plus de 450 000 personnes, volontaires ou travailleurs forcés, autochtones ou étrangers, sont mis à contribution. Près de 11 000 tonnes de béton et un million de tonnes d’acier sont nécessaires pour édifier les ouvrages.

 

Au printemps 1943, la moitié des ouvrages sont achevés. Mais, en réalité, c’est un système défensif discontinu et inégal. Les Allemands sont en effet persuadés que les Alliés tenteront de s’emparer d’un port important, comme Calais, Le Havre, Cherbourg ou Brest. Mais sur la majeure partie du littoral, les batteries sont clairsemées et nombre d’ouvrages, simples postes d’observation, manquent d’armement lourd.

 

Gatteville, vue extérieure d'un blockhaus (Archives de la Manche, 13 Num 3545)

 

L’inspection de Rommel

En décembre 1943, le maréchal Rommel est chargé par Hitler d’inspecter les défenses du Mur de l’Atlantique. Il constate que les ports repousseraient facilement une attaque maritime. Comme cela a été le cas à Dieppe, en août 1942. En revanche, Rommel pense qu’ils sont vulnérables à une attaque par la terre, notamment parce que les plages sont insuffisamment défendues.

 

En janvier 1944, il est donc nommé commandant du groupe d’armée B, en charge de la défense d’un secteur qui s’étend des Pays-Bas à la Loire, c’est-à-dire sur la zone la plus probable pour un éventuel débarquement allié.

 

Après sa prise de fonction, Rommel ordonne le renforcement des défenses et notamment :

  • la construction d’abris de tir sur les plages et à l’intérieur des terres ;
  • l’installation de champs de mines et d’obstacles antichars ;
  • l’inondation de prairies en arrière des plages ;
  • la plantation de pieux (les "asperges de Rommel") dans les champs pour gêner les atterrissage de planeurs.

 

Entre janvier et mai 1944, on estime que 4 600 ouvrages sont construits sur le littoral du nord-ouest de l’Europe, soit l’équivalent du programme de la seule année 1943.

 

Tout ceci n’est pas sans conséquences sur le quotidien des Manchois. La population n’a pas accès librement au "littoral militarisé" et sert de main-d’œuvre. Par exemple, le 22 mars 1944, le Kreiskommandant de Cherbourg ordonne, "avec effet immédiat", la réquisition de 7 maisons abritant 46 personnes à Branville, Breuville, Grosville, Nouainville, Rauville-la-Bigot et Sainte-Croix-Hague. Le 5 avril 1944, le kreiskommandant de Cherbourg informe le sous-préfet de la réquisition de poteaux de bois pour la fabrication de ces fameuses asperges de Rommel.

 

Jérémie Halais & Nicolas Bourdet

 

L'inspection du maréchal Rommel, extrait du Jour le plus long, Darryl F. Zanuck, 1962

 

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