“J’ai tressailli à la lecture de l’avis imprimé en gras dans le journal” Léo, 19 février 1944
Le 08/02/2019 à 11h12 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

Le 23 janvier 1944, une sentinelle allemande, qui se trouvait rue des Noyers, est frappée à la tête par deux hommes. Les motivations des deux auteurs de l’acte, "deux civils [qui] ont pris la fuite", sont inconnues. Tout juste sait-on qu’ils sont arrêtés quelques jours plus tard dans l’Oise (Le Matin, 8 févr. 1944).

 

La rue des Noyers à Saint-Lô (Archives de la Manche, 36 Fi)

 

Après "l’attentat"

Aussitôt, en réaction à cet acte, qualifié "d’attentat" par le commandant de la sûreté et du SD de Rouen, des mesures répressives sont ordonnées contre la population saint-loise.

 

Le 5 février 1944, 12 Saint-lois sont arrêtés par les Allemands. Ces otages sont :

  • Léon Doublet, 46 ans, ouvrier ;
  • René Toulorge, 44 ans, maçon ;
  • René Huck, 50 ans, marchand de poisson ;
  • Michel Bottrel, employé des PTT ;
  • Maurice Duparc, sans profession ;
  • Maurice Tourgis, maçon ;
  • M. Jean, inspecteur des contributions directes ;
  • Roger Lebatteur, 29 ans, coiffeur ;
  • Étienne Rolley, professeur au collège ;
  • Robert Camy, 21 ans, employé au service du STO ;
  • Jacques Pinot, 25 ans, ingénieur ;
  • Aristide Sauvegrain, restaurateur.

 

La rumeur publique accuse les collaborateurs saint-lois, membres Parti populaire français (PPF), d’être les auteurs de la liste.

 

Les sanctions prises contre les Saint-Lois après « l’attentat » de la rue des Noyers,

Le Messager de la Manche, 4 févr. 1944 (Archives de la Manche, 3 Jal 75)

 

Aristide Sauvegrain nous a livré le récit de son incarcération : "Vers 15 heures 30, un officier allemand connu à Saint-Lô sous le nom de Dufour, s’est présenté chez moi en compagnie de deux civils allemands. [...] Ils ont alors fait allusion à l’attentat qui aurait eu lieu le 23 janvier contre un soldat allemand et m’ont reproché que je ne voulais rien dire. Ils m’ont intimé l’ordre de les suivre, ce que j’ai été obligé de faire. Ils m’ont amené et écroué à la prison de Saint-Lô. [...] À mon entrée en prison, j’ai subi un interrogatoire de cinq minutes toujours au sujet de l’attentat contre le soldat allemand et comme je ne pouvais donner aucun renseignement, ils m’ont dit : puisque vous ne voulez rien dire, nous vous gardons comme otage."

 

Les représailles allemandes

Ce type de représailles est de plus en plus fréquent. Par exemple, le 4 février, à Céaux, de nombreux civils sont rassemblés dans la nuit à l’intérieur de l’église, à la suite d’un sabotage de la voie ferrée qui a causé le déraillement de la locomotive d’un convoi allemand survenu le 1er février. Les otages sont retenus, dans l’attente de découvrir les "terroristes", jusqu’au matin et n’ont été libérés que grâce à l’intervention du maire.

 

Jérémie Halais & Nicolas Bourdet

 

 

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