“Ce midi, la conversation a beaucoup tourné autour des réquisitions” Léo, 13 février 1944
Le 06/02/2019 à 17h54 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

Après la signature de l’armistice, le 22 juin 1940, la France doit payer un important tribut économique à l’Allemagne.

 

L’exploitation des ressources françaises

Au fil de l’Occupation, le principe de l’exploitation méthodique des ressources françaises s’applique avec minutie et de manière unilatérale. Avec les premiers échecs de la Wehrmacht en Russie, l’économie du Reich se consacre entièrement à la production d'armes. La France, entre autres pays occupés, paie les conséquences de cette logique de guerre totale. Les prélèvements matériels et humains s’accroissent.

 

(Archives de la Manche, sous-préfecture de Cherbourg, 2 Z 203)

 

Aux ponctions économiques, s’ajoutent des frais d’occupation et les réquisitions. Besoin d’un logement, d’un hangar, d’une étable, d’une grange, d’une portion de terrain pour y établir des lignes téléphoniques ou d’un terrain d’entraînement, d’un moyen de transport, de fourrage, d’un cheval, de ravitaillement : tout est aux frais de l’État français. La voie normale pour l’armée allemande est de passer par la Préfecture qui transmet la demande au maire de la commune concernée. C’est ce dernier qui adresse ensuite une mise en demeure écrite aux administrés désignés, indiquant l’objet de la réquisition. Mais, il est fréquent que les troupes allemandes se servent directement, expliquant aux habitants spoliés qu’ils doivent faire eux-mêmes les démarches nécessaires pour être remboursés. Il leur est alors, théoriquement, remis un bon permettant de demander une indemnisation auprès des autorités françaises.

 

Main basse sur les chevaux et le bois

L’armée allemande organise à Saint-Lô de grandes réquisitions de chevaux. Elles affectent lourdement les éleveurs en cette période de pénurie de main d’œuvre. Une ordonnance allemande du 4 décembre 1942, oblige le recensement de tous les chevaux nés avant le 1er janvier 1940. Ces chevaux doivent être présentés devant des commissions d’achat composées d’occupants ou de mandatés qui paient comptant les bêtes dont le prix est fixé unilatéralement. En outre, pour tous projets de vente, les bêtes doivent préalablement être proposés pour achat à la Feldkommandantur. Début 1944, on estime à plus de 5 000 le nombre de chevaux déjà réquisitionnés dans la Manche.

 

Le père de Léo évoque les réquisitions de bois à Tribehou. Le maire de cette commune tente effectivement de préserver la population. En avril 1944, par exemple, il fait savoir au préfet qu’il ne peut pas faire face aux impositions qui lui sont demandées. Il écrit : "La charge supportée par le reste de la commune s’est avérée trop lourde en 1943, puisqu’il a fallu imposer des petites propriétés de 2 et 3 hectares dont quelques-unes sont à peine boisées. L’imposition de 72 stères mise en place pour 1944 dépasse encore les limites fixées. Et porte encore sur des propriétés de moins de 5 hectares. […] Après l’effort fourni par la commune en 1943, il paraîtrait équitable que la commune fut exonérée en 1944 de toute fourniture pour les villes et que l’imposition mise en place soit réservée aux besoins locaux."

 

Jérémie Halais & Nicolas Bourdet

 

 

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