“Maman dit que le marché n’est plus ce qu’il était” Léo, 12 février 1944
Le 06/02/2019 à 16h56 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

La pénurie entraîne une hausse des prix variable selon les denrées et les périodes. Cette hausse brutale suscite de vives discussions sur les marchés.

 

La vie chère

L’Ouest-Éclair du 19 août 1940 écrit : "Le mot n’est pas trop fort. La hausse des prix de certaines denrées constitue à Cherbourg un véritable scandale qui doit être et sera impitoyablement réprimé." Dès la deuxième quinzaine d’août 1940, une ménagère cherbourgeoise interpelle une fermière vendant ses œufs 17 francs la douzaine : "Vos œufs sont trop chers". La marchande lui répond : "Le grain est trop cher pour vous donner les œufs à 12 francs. Le maïs vaut 285 francs les 100 kilos. Si vous ne voulez pas nous payer les œufs leur prix, nous les mangerons !" (Cherbourg-Éclair 23 août 1940).

 

(Archives de la Manche, collection des placards de la Seconde guerre mondiale, 303 Fi)

 

Le blocage des prix

Pour tenter d’enrayer l’inflation, le régime de Vichy d’instaure le blocage des prix. Ce régime dit "de la taxe" est souvent critiqué. Beaucoup l’accusent de favoriser le travail à perte, car les prix de vente ne couvrent pas toujours les frais de production.

 

En outre, la mesure ne freine que légèrement la hausse des prix. La gêne est palpable dans beaucoup de foyers modestes, et avec elle, s’installe un mécontentement d’autant plus grand que les salaires ne suivent pas la même courbe. Le 1er mars 1943, le préfet note que "les fonctionnaires", mais aussi "[les] petits rentiers et [les] ouvriers se plaignent constamment de la hausse du coût de la vie et de la modicité des salaires".

 

Le tableau ci-dessous permet de mieux se rendre compte de ce mouvement des prix :

 

 

1940

1941

1942

1943

Beurre fermier

25 frs/kg

30,5 frs/kg

32,5 frs/kg

56 frs/kg

Œufs

12 frs/douzaine

15,4 frs/douzaine

17,4 frs/douzaine

28,5 frs/douzaine

 

D’une manière générale, sur les marchés du département entre 1943 et 1944, les prix taxés augmentent de 50 à 60% pour le bœuf, de 10% pour le lait, de 7 à 10% pour les fromages, de 6% pour les céréales, tandis que le prix des œufs et des volailles reste stable. Beaucoup de petits agriculteurs-producteurs ne profitent pas de cette hausse puisqu’ils voient aussi leurs coûts de production augmenter : +33% pour les aliments du bétail, +39% pour les engrais azotés, +47 % pour les carburants

 

Mais, bien qu’elle soit forte, cette hausse des prix légaux est loin d’atteindre celle des prix illégaux du marché noir…

 

Nicolas Bourdet & Jérémie Halais

 

 

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