“Papa s’est fait voler sa bicyclette cette nuit avec plusieurs autres outils”  Léo, 4 février 1944
Le 06/02/2019 à 08h54 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent aujourd'hui à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

L’occupant fait main basse sur tout : les logements, les camions, les automobiles, les bicyclettes, les animaux, les ressources alimentaires, la main-d’œuvre…

 

Rien n’échappe aux réquisitions allemandes

Concernant les bicyclettes, les réquisitions commencent très tôt : une première s’effectue à Cherbourg, sans incident, le 13 août 1940. Suivant la solidité et l’usage, elles se paient entre 200 et 800 francs. D’autres ont lieu par la suite, de manière régulière et continue.

 

(Archives de la Manche, dommages de guerre, 171 W 264)

 

Par exemple, le 9 avril 1944, les autorités allemandes demandent aux habitants du canton de Montebourg de présenter 100 bicyclettes en parfait état, devant la Standortkommandantur. Les troupes allemandes espéraient en acheter un certain nombre mais seules 65 bicyclettes ont été présentées dont 5 en état de marche ; alors que plus d’un millier avaient été préalablement recensées. En mai 1944, l’autorité d’occupation procède à nouveau à la réquisition de 1500 bicyclettes dans l’arrondissement de Cherbourg.

 

Recrudescence de la délinquance

Léo évoque le cambriolage qui s’est produit à son domicile. Les années d’occupation sont marquées par une recrudescence de la délinquance. Cette augmentation de la délinquance s’explique avant tout par la pénurie qui touche tous les produits.

 

Un article de Cherbourg-Éclair du 29 septembre 1943 témoigne de l’activité du tribunal : "Les délits s’accumulent attestant un abaissement certain de la moralité publique. Le vol, l’escroquerie, l’abus de confiance sont parmi les sujets d’inculpation les plus souvent relevés. Jamais le respect du bien d’autrui n’est tombé à ce point en désuétude. On subtilise, on vole et on cambriole avec une facilité déconcertante. Naguère, on s’attaquait aux bicyclettes. Maintenant on s’introduit dans les demeures dont le locataire est absent et l’on s’empare de tout ce qui peut vous tomber sous la main."

 

Le vol est le délit le plus fréquent. Entre 1940 et 1944, le nombre de prévenus jugés par le tribunal correctionnel de Cherbourg pour des vols est multiplié par six. Ces faits divers sont relatés dans la presse. Les vols d’animaux sont nombreux. Dans la campagne, les agriculteurs retrouvent les portes ouvertes des clapiers et poulaillers. La gendarmerie saisie de l’enquête, s’enquiert alors du menu du dîner dans certaines maisons. Des bovins sont dérobés pour être revendus, voire dépecés sur place. Les vols de pommes de terre ou autres légumes dans les jardins sont aussi fréquents. Certains volent des cartes d’alimentation ou des tickets de rationnement, une monnaie particulièrement appréciée et facile à écouler dans ces temps de pénurie.

 

Nicolas Bourdet & Jérémie Halais

 

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