“Les soldats se sont installés dans les meubles des propriétaires” Léo, 2 février 1944
Le 05/02/2019 à 16h31 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent aujourd'hui à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

 

Dès leur arrivée dans la Manche, le 19 juin 1940, les Allemands s’installent dans des bâtiments publics (écoles, casernes ou administrations) mais aussi dans des habitations de particuliers.

 

Les Allemands dans nos meubles

Le logement de la troupe chez l’habitant comporte la mise à disposition pour les propriétaires du mobilier meublant normalement la pièce, y compris les draps de lit. En outre, rien ne s’oppose à ce que les militaires allemands empruntent tous les objets dont ils ont besoin. Des indemnités sont versées trimestriellement, aux frais de l’État Français, aux propriétaires assurant le logement et le cantonnement des troupes d’occupation. Les Archives de la Manche conservent ainsi des dossiers du service départemental des réquisitions allemandes chargé de l’indemnisation des personnes dont les biens (meubles et immeubles) et/ou les prestations ont fait l’objet d’un titre de réquisition (43 W). On trouve aussi de nombreux exemples de ces réquisitions dans le fonds de la sous-préfecture de Cherbourg (2 Z).

 

(Archives de la Manche, sous-préfecture de Cherbourg, 2 Z)

 

Le « tarif logement » par jour est le suivant au 30 septembre 1940 : 5 francs par lit d’officier et 3 francs par lit de sous-officier ou soldat. Si la chambre occupée comprend plusieurs lits, il est alloué une indemnité d’un franc par lit supplémentaire. Pour chaque pièce réservée pour des bureaux ou des corps de garde, le tarif est fixé à 2 francs. Ces indemnités de logement sont augmentées en avril 1941. À Cherbourg, elles passent à 10 francs pour les officiers, 7 francs pour les sous-officiers, 5 francs pour les hommes de troupe et les bureaux.

 

Une crise du logement

Le 13 janvier 1943, répondant à une enquête du sous-préfet, le maire de Cherbourg indique que 903 logements sont réquisitionnés par l’autorité allemande dans sa ville. Les cas sont nombreux où les réquisitions de logements par l’armée d’occupation entraînent l’évacuation des habitants. Entre septembre 1940 et septembre 1942, 4 025 personnes quittent leur domicile cherbourgeois. À partir de l’été 1942, les Allemands réquisitionnent aussi des terrains et démolissent des bâtiments pour un usage militaire. Le 3 juin 1943, ils détruisent le casino de Cherbourg construit sous le Second Empire. L’édifice se situait dans le champ de tir de leurs batteries.

 

En septembre 1943, dans son rapport bi-mensuel, le préfet constate que ces réquisitions de logements ont engendré une véritable "crise des logements" : "Dans le département de la Manche, et plus particulièrement dans l’agglomération de Saint-Lô, la crise des logements sévit avec une acuité toute spéciale. Je me trouve devant des difficultés qui finissent par être insurmontables."

 

Nicolas Bourdet & Jérémie Halais

 

 

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