“Il va y avoir la guerre chez nous ?” Léo, 30 janvier 1944
Le 23/01/2019 à 10h13 par Archives Manche
Résumé

Les archives départementales, Maison de l'histoire de la Manche, répondent aujourd'hui à Léo, un adolescent de 14 ans, qui témoigne sur Facebook des événements de l'année 1944, à Cherbourg et à Saint-Lô.

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L’article cité par Léo est publié par Le Messager de la Manche, le 28 janvier 1944, un hebdomadaire imprimé à Saint-Lô chaque vendredi.

 

Un débarquement se prépare

Au début de l’année 1944, il ne fait plus aucun doute qu’un débarquement allié se prépare en France. La suite de l’article cite d’ailleurs Joseph Goebbels : "[Il] importe peu de deviner où et quand l’ennemi se risquera à attaquer le continent car quelles que soient les circonstances de temps et de lieu de cette éventuelle expédition, les troupes allemandes sont prêtes à y faire face". Le ministre de la propagande du Reich prévient : "Les assaillants subiront de telles pertes, avant, pendant et après leur débarquement, qu’ils ne formeront plus bientôt qu’une masse désorganisée, incapable de jouer dans la bataille un rôle stratégique." Nous sommes ici dans un exercice de propagande. D’ailleurs, ce même jour, Leningrad est libéré...

 

Après l'invasion de l'URSS par les troupes allemandes, en juin 1941, puis l'entrée en guerre des Etats-Unis, en décembre de la même année, les Alliés décident, à la conférence de Téhéran (28 novembre-1er décembre 1943) de l'ouverture d'un second front en Europe de l'Ouest. Néanmoins, Winston Churchill persuade Franklin Roosevelt de retarder cette offensive car les Alliés n'ont pas encore les forces nécessaires, ni l'expérience, pour réussir un tel projet.

 

(Archives de la Manche, fonds des photographies américaines, 13 Num 2104)

 

Suite à l'échec du débarquement à Dieppe, le 19 août 1942, ils développent néanmoins un savoir-faire avec plusieurs opérations réussies en Afrique du Nord (novembre 1942), en Sicile (juillet 1943), en Italie (septembre 1943), sans compter les nombreux débarquements américains effectués sur les îles du Pacifique.

 

Un débarquement en Normandie ?

La proximité de l’Angleterre désigne naturellement les côtes normandes, la baie de Seine ou le Pas-de-Calais, comme les lieux les plus probables pour ce débarquement.

 

Quand aux Normands, envisagent-ils qu'un assaut puisse se dérouler sur leurs côtes ? Beaucoup se persuadent que les bombardements, qui sont de plus en plus nombreux, n'ont pas d'autre but que d'obliger les Allemands à conserver des troupes sur l’ensemble des régions côtières. L’abbé Anjot, curé du Dézert, résume bien cette pensée : "La guerre paraissait longue à tous. Après Stalingrad, après le débarquement en Afrique et en Italie, il sembla qu’elle approchait d’une fin heureuse. Ce fut un réconfort. Et il y eut le débarquement en Normandie : on l’aurait bien envisagé partout mais pas chez nous."

 


 

 

Une intense activité aérienne

Léo évoque aussi dans son témoignage des explosions sur Cherbourg. En effet, le 20 janvier 1944, à 16 heures, de violentes explosions sont entendues tout près de la gare maritime de Cherbourg, dans la darse transatlantique, l'une au nord du quai de France, l'autre dans la partie sud du quai de Normandie. Si le quai de France n'a pas subi beaucoup de dommages, le mur de quai étant protégé par un navire qui a d'ailleurs coulé, le quai de Normandie a, en revanche, subi d'importants dégâts. Des blocs de granit ont ainsi été arrachés et déplacés. Des bombardements sur Valognes ont lieu le lendemain 21 janvier, entre 21 et 22 h, sur les communes de Brix, de Tollevast où la maison du maire a été démolie, de Hardinvast et de Chiffevrast. On dénombre de nombreuses exploitations touchées.

 

Ces bombardements ne sont que le début d’une longue série : le 26 janvier, entre 2 h 30 et 3 h du matin, le nord Cotentin est survolé par des avions alliés. Les tirs de la DCA sont intenses. Deux bombes tombent sur Tollevast sans qu'aucune victime civile ne soit à déplorer. En revanche, 6 maisons sont détruites. Brix reçoit une vingtaine de bombes. Là encore, il n'y a pas de victimes mais 7 maisons ont été endommagées. Une cinquantaine de bombes touchent Hardinvast. Le 3 février, des raids frappent Sottevast et Rauville-la-Bigot vers 12 heures, puis Flottemanville, Tonneville, Acqueville, Hainneville, Saint-Martin-le-Greard, Couville, Tamerville, Tatihou, Gonneville, Carneville, Saint-Pierre-Eglise et Valognes, vers 16 heures.

 

D’autres sont malheureusement encore à venir. En fait, dans les mois qui vont précéder le « jour J », mitraillages et bombardements frappent tout le quart nord-ouest de la France, selon le plan préétabli :

  • en janvier, février et mars 1944, destruction au maximum du réseau detransport pour paralyser les mouvements de l’armée allemande (gares, voies ferrées, routes, ponts) ;
  • en avril, destruction des aérodromes ;
  • en mai, bombardement des installations défensives allemandes sur les côtes.

 

Mais nous aurons sûrement l’occasion d’en reparler...

 

Jérémie Halais & Nicolas Bourdet

 

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