Pierre Lenoir, fusillé pour "intelligence avec l'ennemi"
Le 14/08/2018 à 11h59 par Archives Manche
Résumé

Les archives de la Manche conservent la fiche matricule de Pierre Lenoir, fusillé en octobre 1919, au fort de Vincennes, pour "intelligence avec l'ennemi"... retour sur affaire méconnue de la Grande Guerre

 

Pierre Lenoir est un conscrit de la classe 1905 inscrit au recrutement de Granville. En effet, il est le fils d’Alphonse Lenoir (1852-1915), riche publiciste parisien, maire de Saint-Quentin-sur-le-Homme (Cant. de Ducey, arr. d’Avranches), entre 1900 et 1910. Engagé volontaire en 1914, Pierre Lenoir est muté en août 1915 à l’état-major comme interprète stagiaire avant d’être réformé en avril 1916 pour inPierre Lenoir lors de son procès (Le Miroir, 13 avril 1919)suffisance cardiaque.

 

Au printemps 1915, il fait la rencontre d’un industriel suisse, Schœller, désireux d’investir des fonds dans un journal français. Le 7 juin, les deux hommes signent un contrat en Suisse dans lequel Lenoir se voit confier par son nouvel associé 10 millions de francs. En échange, il doit devenir propriétaire du Journal, un quotidien qui se trouve alors être en vente. En contrepartie de cet apport financier, il est entendu que Lenoir suive les consignes éditoriales de Schœller. Or, ce dernier est vraisemblablement un intermédiaire agissant pour le compte d’un consortium allemand. L’affaire se complique lorsque le sénateur de la Meuse, Charles Humbert, prend connaissance de la vente. Le parlementaire s’impose dans la transaction en menaçant Lenoir, qui entre-temps s’est associé à un avoué prête-nom nommé Guillaume Desouches, de révéler l’origine de ses fonds.

 

En juillet, les trois compères font donc l’acquisition du quotidien avec les liquidités mises à disposition par Schœller. Néanmoins, dès la fin de l’année, Humbert obtient de Lenoir la vente de la majorité de ses parts. Pour ce rachat, Humbert se fait prêter 5,5 millions de francs par divers prêteurs dont Joseph Caillaux et Paul Bolo dit Bolo Pacha, un sulfureux homme d’affaire parisien. En 1917, après une entrevue avec Paul Bolo, Raymond Poincaré, Président de la République et ami de Charles Humbert, ordonne l’ouverture d’une enquête qui fait éclater l’affaire et débouche sur les arrestations de Bolo Pacha, de Charles Humbert, de Guillaume Desouches et de Pierre Lenoir.

 

« Annexe n° 401. Rapport du procureur général de Paris à M. le président et à MM. les membres du Sénat, 5 décembre 1917 » dans Journal officiel de la République française : Sénat. Documents parlementaires, 1917, p. 729-730

 

Paul Bolo est jugé puis condamné à mort en 1918. Le procès de Charles Humbert, Guillaume Desouches et Pierre Lenoir est organisé en avril 1919. Il fait l’objet d’articles détaillés dans la presse et notamment dans L’Ouest-Éclair, sous le titre « Le grand procès de trahison », du 1er au 30 avril 1919. Ce procès est en effet un événement extrêmement médiatisé, notamment parce que le président de la République y est appelé à témoigner. Au terme du procès, Charles Humbert est acquitté, Desouches est condamné à cinq ans de réclusion et Pierre Lenoir à la peine de mort. Il est exécuté au Fort de Vincennes, le 24 octobre 1919.

 

Le Miroir, 2 novembre 1919

 

L’exécution de Pierre Lenoir, au fort de Vincennes, est relatée dans la presse : « […] On est arrivé sur le terrain d’exécution. […] Pour y conduire le condamné, on doit l’asseoir sur une chaise. Il se laisse bander les yeux et paraît très résigné. L’exécution. Le commandant Bride abat son sabre, un crépitement sec retentit, suivi d’une dernière détonation : le coup de grâce. (« Lenoir a été fusillé », L’Ouest-Éclair, 25 octobre 1919)

 

Jérémie Halais

 

 

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