Situation des travailleurs de l'île d'Aurigny, 7 février 1944
Le 16/06/2017 à 12h10 par Archives Manche
Résumé

En juin 1940, les Allemands envahissent les îles anglo-normandes et installent un camp de concentration sur l'île d'Aurigny.

 

En juin 1940, les Allemands envahissent les îles anglo-normandes et installent un camp de concentration sur l'île d'Aurigny. La scène est étonnante mais il existe, conservés par l’établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (l’ECPAD), des clichés réalisés en juillet 1940 à Jersey et Guernesey sur lesquels on peut voir des policemen anglais posant aux côtés de soldats allemands. En ce début d’été 1940, les îles anglo-normandes, territoires britanniques, connaissent elles-aussi l’occupation allemande et son lot de réquisitions, de restrictions des libertés et de répressions. Au nord de l’archipel, la petite île d’Aurigny (ou Alderney), a été désertée par ses habitants qui ont tous rejoint l’Angleterre. Dès octobre 1941, après la bataille d’Angleterre, l’Organisation Todt, organisme allemand en charge des chantiers du mur de l’Atlantique, y entame des travaux de fortifications ; travaux pour lesquels elle a besoin d’une importante main-d’œuvre.

Les conditions d'internement

Les premiers déportés, originaires des pays de l’Europe de l’est, arrivent à la fin de l’année 1941 suivis d’anciens républicains espagnols, en février 1942, des déportés raciaux, en août et octobre 1943, d’Africains du Nord, en septembre 1943 mais aussi de Normands, en mai 1944. On estime que la population du camp atteint son maximum au milieu de l’année 1943 avec près de 5 000 détenus. Le camp n’est démantelé qu’en juin 1944, sur décision des autorités allemandes. En effet, le port de Cherbourg étant libéré depuis le 25 juin, le ravitaillement du camp par voie maritime devient problématique. Par ailleurs, à cette date, la plupart des personnes internées, et notamment les déportés raciaux, ont été évacués vers d’autres camps.

 

 

 

 

« Suivant des informations recueillies auprès d’un ouvrier ayant travaillé dans l’île d’Aurigny pour le compte de l’OT [organisation Todt], en septembre 43, les requis français et étrangers qui sont occupés sur les chantiers de cette île sont traités d’une façon révoltante par les militaires de l’OT qui sont chargés de les surveiller ». C’est ainsi que débute ce rapport de police rédigé afin d’avertir les autorités française des conditions de vie des détenus du camp de concentration de l’île d’Aurigny. Il s’agit d’un témoignage exceptionnel car les archives sur le camp, dépendant de Neuengamme (région de Hambourg), sont relativement rares.

Histoire de se repérer

Ce document a été retrouvé dans l’un des versements de la sous-préfecture de Cherbourg (1012 W). Les fonds sous-préfectoraux, et en particulier ceux de la sous-préfecture de Cherbourg, sont extrêmement importants pour l’étude de la seconde guerre mondiale dans le département de la

Manche compte tenu de la destruction des archives de la préfecture en 1944.

 

Outre ce rapport de police, nous vous conseillons vivement, pour mieux connaître les conditions de vie des détenus, d’écouter le témoignage d’un ancien déporté, David Tratt, enregistré par Radio France Bleu Cotentin et disponible sur notre site internet (99 AV 1256).

 

 

Vous trouverez sur archives-manche.fr, les inventaires de fonds administratifs incontournables pour l’étude de la seconde guerre mondiale comme par exemple les archives de la sous-préfecture de Cherbourg (2 Z), les dossiers des renseignements généraux (1515 W et 4 M) ou bien encore les documents produits à l’épuration par le cabinet du préfet (1310 W). Nous vous conseillons de consulter le Guide des sources de la seconde guerre mondiale conservées aux archives de la Manche pour plus d’informations.

 

Quant au camp de concentration d’Aurigny, nous nous sommes aidés, pour écrire ce billet, de l’ouvrage Les déportés de France vers Aurigny de Benoît Luc mais vous trouverez une bibliographie complémentaire sur Aurigny sur notre site internet.

 

Jérémie Halais

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