Un document de la guerre de Cent Ans
Le 03/04/2017 à 14h44 par Archives Manche
Résumé

A fame, bello et peste libera nos Domine. « De la faim, de la guerre et de la peste, délivre-nous Seigneur » : voilà une prière qui résume à elle seule les XIVe et XVe siècles dans le royaume de France. En 1346, Édouard III, roi d’Angleterre, débarque à Saint-Vaast-la-Hougue, saccage de nombreuses villes dont Saint-Lô et Caen, puis chevauche jusqu’à Crécy où il inflige, le 26 août 1346, une importante défaite à la chevalerie française. À ce contexte diplomatique bien noir vient s’ajouter une épidémie de peste qui, provenant d’Orient, touche Coutances en 1349. Il faut aussi compter avec des bandes de soldats démobilisés qui, se formant en compagnies de routiers, vivent sur le pays.

 

Le règne de Charles V « le Sage » (1364-1380) apparaît pour le royaume de France comme une parenthèse dans le long conflit qui l’oppose à la couronne anglaise. Dès 1365, le souverain commande à Bertrand du Guesclin, avec lequel il s’est lié d’amitié en 1357, de mener les mercenaires en Espagne où une guerre de succession vient de se déclarer. Les routiers éloignés, Charles V doit encore compter avec les garnisons anglaises occupant plusieurs places en Normandie. Favorisant l’économie, améliorant la perception des taxes, il renfloue le trésor royal et finance ainsi ses réformes militaires. La convocation du ban et de l’arrière-ban est abandonnée pour calquer le mode de recrutement sur celui des Anglais. Désormais rémunérés, les soldats du roi de France subissent des contrôles réguliers lors des montres. Il s’agit de revues des troupes comme celle réalisée en 1368 par Guillaume de Thieuville à Saint-Lô. Si la Normandie est presque entièrement sous le contrôle royal en 1380, le sursaut de la monarchie française est cependant stoppé par la mort du connétable du Guesclin et de son roi Charles V.

 

 

 

Montre du seigneur de Thieuville, des gens d'armes et archers de sa compagnie de Saint-Lô, 1368
Parchemin
Archives de la Manche, 2 J 1054

Cette montre ou revue des troupes est réalisée devant Guillaume de Thieuville, capitaine de Saint-Lô pour le roi de France Charles V en 1368. 97 hommes d’armes (écuyers, archers) y sont énumérés. Nous sommes, en effet, en pleine guerre de Cent Ans. Comme il est d’usage à cette époque, ce document comporte la couleur de la robe des montures, désignées ici invariablement sous le terme neutre de « cheval ». Outre la couleur, quelques particularités sont fournies afin de mieux préciser les montures : douze d’entre elles sont « estellées », c’est-à-dire munies d’une étoile (marque blanche au front).

 

Jérémie Halais

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