Le Mont Saint-Michel au XVe siècle
Le 31/03/2017 à 10h34 par Archives Manche
Résumé

Le Mont Saint-Michel est au Moyen Âge une importante place forte du fait de sa position géographique. N’est-il pas situé au milieu d’une baie qui est recouverte par les marées les plus fortes d’Europe ? À l’époque médiévale, elles isolent le rocher deux fois par jour puisque la sédimentation est alors beaucoup moins importante. Au milieu de cette immense surface, le rocher, haut de quatre-vingts mètres, offre un point d’observation qui commande une baie dégagée de tout obstacle. Un assaillant éventuel ne peut donc pas jouer sur l’effet de surprise alors même qu’il subit les assauts de la mer. Enfin, il se situe sur une frontière, zone de tension entre la Normandie et la Bretagne, puis entre les couronnes de France et d’Angleterre.

 

Sanctuaire de l’archange, protecteur de la monarchie française, le site acquiert durant la guerre de Cent Ans une fonction symbolique par la résistance héroïque qu’il oppose aux Anglais. Le conflit, qui a débuté en 1337 et touché la Normandie en 1346, divise la Normandie. En 1356, les Anglais sont maîtres de Tombelaine alors que la défense du Mont est confiée à Bertrand du Guesclin. La guerre, qui connaît une relative accalmie dans le dernier quart du XIVe siècle, est ravivée par les ambitions du roi d’Angleterre Henri V (1413-1422) qui s’empare de toute la Normandie en 1417. Le Mont Saint-Michel est la seule forteresse normande qui résiste au conquérant anglais.

 

En 1423, sous les ordres de Jean de la Pole, les Anglais édifient à Ardevon une bastille qui gêne le ravitaillement des assiégés. Ils ne réussissent cependant pas un imposer un blocus total de la place puisqu’en 1425, leur flottille est défaite par des navires bretons. C’est cette même année que Charles VII nomme Louis d’Estouteville à la tête de la garnison française composée de cent-dix neuf chevaliers. Le 17 juin 1434, après un bombardement des fortifications, le capitaine anglais Thomas de Scales mène un assaut dans lequel il abandonne son artillerie, c’est-à-dire les célèbres « michelettes » qui sont aujourd’hui encore exposées à l’entrée du Mont. Les Anglais occupent Tombelaine jusqu’en 1450, ce qui justifie les travaux de doublement des remparts et des tours qui s’achèvent en 1441.

 

 

Versement d'une somme de six livres tournois à Robert Jolivet, abbé du Mont Saint-Michel, pour ses voyages hors de la ville de Rouen : ordre du duc de Bedford, 1424
Archives de la Manche, 2 J 760

Dans ce document Jean, duc de Bedford, fait savoir à Emon de Belknap, gouverneur général de ses finances en France et en Normandie, qu’il a fixé à six livres tournois par jour l’indemnité que devra toucher Robert [Jolivet], abbé du Mont Saint-Michel, pour la mission qui lui est confiée. Celle-ci consiste notamment en différents déplacements en Normandie pour livrer différentes villes au roi d’Angleterre. Pierre Surreau, receveur général, est chargé de régler à Robert Jolivet ses gages pour cette mission. La somme de six livres tournois est importante (à titre comparatif, le vicomte d’Avranches ne touche pour venir à Paris, que dix sols par jour). Cette somme suppose que l’abbé était accompagné d’une petite troupe de secrétaires et de gardes.

 

Abbé du Mont à partir de 1410, Robert Jolivet est aussi capitaine de la place. À ce titre, il entreprend différents travaux de défense mais, en 1420, il rejoint les troupes anglaises qui assiègent le Mont Saint-Michel.

 

Le registre des comptes de Pierre Surreau pour 1424, conservé à la Bibliothèque nationale de France (ms. français 4485) où l’on trouve trace de ce paiement, permet de connaître l’objet de la présente mission. Celle-ci a lieu du 10 juillet au 18 août 1424. Robert Jolivet est allé à Vernon vers le régent, puis en Picardie et en Ponthieu pour remettre les villes de ces régions en la main du roi d’Angleterre. 

 

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