890, les Vikings assiègent Saint-Lô
Le 30/03/2017 à 13h52 par Archives Manche
Résumé

Au IXe siècle, les Normands, profitant de l’affaiblissement du pouvoir carolingien, commencent leurs incursions dans le nord de l’espace franc. Première d’une longue série de raids dans la future Normandie : les Annales regni francorum attestent qu’une flotte scandinave pénètre à l’embouchure de la Seine en 820. C’est le raid de 889-890 qui est cependant le plus désastreux pour notre région. Á l’automne 889, les Vikings abandonnent le siège de Paris pour se tourner vers le Cotentin qu’ils gagnent par la mer pour les uns et par la terre pour les autres. Le périple se termine aux pieds du castrum de Saint-Lô.

 

Le récit du siège de la ville nous est fourni par les Chroniques de Reginon de Prüm. Il nous apprend que les Normands « interdisent tous accès à l’eau d’une source, les habitants séchant de soif, se rendent, étant conclu que la vie leur est laissée et que l’ennemi prend le reste. » Mais, les assiégeants, ne respectant pas leur parole, massacrent la population. Ce texte est complété par les Annales de Saint-Vaast qui précisent que durant « l’année du Seigneur 890, [...] Liste, qui avait été nommé évêque de la cité de Coutances, [rend] le dernier soupir [dans Saint-Lô]. » La prise de la ville et la mort de l’évêque entraînent l’exil du siège épiscopal de Coutances à Rouen jusqu’au XIe siècle.
 

Au tournant des VIIIe et IXe siècles, le centre du monde franc se trouve à l’est. La province de Rouen n’occupe pas une place importante dans le royaume carolingien. Ce n’est qu’au IXe siècle que les Carolingiens tournent de nouveau les yeux vers la région, alors sous la menace d’envahisseurs venus du nord, les normands. En 800, Charlemagne décide un voyage d’inspection des défenses dans la partie septentrionale de la Neustrie. Si son itinéraire jusqu’à Rouen est connu, en revanche, son trajet jusqu’à Tours est totalement ignoré par les textes. Bien que l’histoire locale lui ait attribué la consolidation des fortifications saint-loises, voire même leur fondation, il n’est pas possible d’affirmer que l’empereur soit passé par Saint-Lô.

 

L’hypothèse d’un désintérêt du pouvoir franc pour la future Normandie est très tôt défendue par l’auteur d’une Histoire des Normands (XIe siècle), Dudon de Saint-Quentin, afin de justifier la création et l’expansion de la Normandie. Son œuvre est d’ailleurs commandée par les ducs de Normandie, descendants des envahisseurs scandinaves. Il nous raconte ainsi que, las des attaques, le roi des Francs Charles le Simple (898-923) pense unifier les bandes vikings sous l’autorité d’un de leur chef. C’est Rollon qui obtient ainsi, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911, les comtés de Rouen, d’Evreux et de Lisieux. Les Annales de Flodoard complètent le récit de Dudon et nous apprennent que Rollon s’empare du Bessin en 924. Son fils, Guillaume Longue Épée (933-942), obtient de la royauté, en 933, une partie de la Bretagne, c’est-à-dire le Cotentin et l’Avranchin où une population scandinave a fait souche.

 

Jérémie Halais

 

 

Portrait de Rollon, estampe du XIXe siècle
(Archives de la Manche, 2 Fi 6/643)
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