Le certificat d'un conscrit de Napoléon
Le 30/03/2017 à 13h39 par Archives Manche
Résumé

Dans cet acte authentique de 1810, le sous-préfet de Coutances certifie que Jean-François Poirier, conscrit de l’an XII, « a été réformé par la commission cantonale établie pour la visite des conscrits de son canton » en attendant « la dispense définitive de service qui sera incessamment expédiée par le conseil de recrutement du département de la Manche ».

 

L’acte nous apprend que le conscrit mesure 1 m 65 que ses cheveux et sourcils sont châtains, ses yeux sont bleus, son front est « haut », son nez « ordinaire », sa bouche « moyenne », son menton « rond » et son visage « ovale ».

 

 

 Certificat d'exemption de conscription militaire de Jean-François Poirier, 1810
 Pièces isolées entrées par voie extraordinaire, 2 J 177 - Papier, 14 x 21 cm
Un service universel et obligatoire

Menacée par les armées coalisées des monarchies étrangères, la Révolution française invente, avec la loi Jourdan-Debrel du 5 septembre 1798, la conscription c’est-à-dire le service militaire car, ainsi que le proclame l’article premier de la loi : « Tout français est soldat et se doit à la défense de la patrie ». La loi Jourdan-Debrel est l’acte de naissance des conscrits qui sont, étymologiquement, des hommes « inscrits ensemble » − conscribere − sur une liste. Sous le Consulat et l’Empire, le système de la loi Jourdan permet à Napoléon de recruter les effectifs nécessaires à ses campagnes. Le système évolue durant tout le XIXe siècle pour devenir réellement universel et obligatoire en 1889 jusqu’à sa suppression en 1997. En 1913, à la veille de la Grande Guerre, sa durée est portée à trois ans.

 

Le système de la conscription est l’héritier des milices de l’Ancien Régime mais surtout de l’appel au volontariat de 1792 après la proclamation de la « Patrie en danger » et de la levée en masse de 1793. Il hérite aussi des oppositions nées de la réaction à cet « impôt du sang » et des stratégies inventées pour s’y soustraire : insoumissions, désertions et mutilations volontaires.

 

Avec la conscription et le passage des jeunes gens devant les conseils de révision, c’est une production archivistique extrêmement riche qui voit le jour. En effet, les documents du recrutement et notamment les registres matricules (sous-série 1 R) recensent une foule d’informations sur le conscrit : son état civil, son signalement physique et sanitaire, son niveau d’instruction, ses professions et domiciles. À ce titre, médecins, statisticiens et anthropologues s’y intéressent dès le XIXe siècle. Cette source unique pour la période contemporaine connaît par la suite un relatif désintérêt avant que les historiens, au premier rang desquels Emmanuel Le Roy Ladurie, la redécouvrent dans les années soixante.

 

Jérémie Halais

 

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