1754, un enfant enterré vivant ?
Le 30/03/2017 à 11h50 par Archives Manche
Résumé

Le registre paroissial de Notre-Dame-de-Cenilly de 1754 contient le récit d'une histoire extraordinaire : à Villiers-Saint-Benoît (diocèse de Sens) un enfant aurait été enterré vivant !

 

Cet acte, qui figure au début du registre paroissial de Notre-Dame-de-Cenilly de 1754, raconte une histoire extraordinaire qui se serait déroulée dans le diocèse de Sens au mois de février 1754. Le curé de Villiers-Saint-Benoît affirme avoir baptisé, le 16 février, « un enfant né du dix-huit janvier […], lequel enfant, ayant beaucoup souffert au passage, vint au monde très noir, que la sage-femme le croyant mort […], on l’inhuma aussitôt. Depuis, le père et la mère ont été tourmentés par des inquiétudes dont ils ne pouvaient connaître la raison. […] Les inquiétudes ne cessant point, leurs voisins et voisines leur conseillèrent d’exhumer cet enfant. […] Cette exhumation fut faite le quinze février vers les quatre heures du soir ; on trouva ledit enfant qui avait été enterré très noir […] ; on vit sortir de sa bouche quelques flegmes et son œil droit pleura. » L’enfant étant vivant ; il est baptisé par le curé qui précise : « dans le moment même que je lui versai l’eau sur la tête, il fit un petit bâillement. » Malheureusement, l’enfant meurt seulement cinq heures après le sacrement.

 

 

Registre paroissial de Notre-Dame-deCenilly, 1749-1759 (Archives de la Manche, 5 Mi 459)

"Un des plus grands miracles"

Cet événement que le curé considère « comme un des plus grands miracles » nous révèle la profonde ferveur religieuse de l’Ancien Régime. En effet, le baptême est le sacrement qui marque l’entrée de l’individu dans la communauté catholique, notamment parce qu’il efface la trace du péché originel. Condamné à errer dans les limbes, l’enfant non baptisé ne peut donc être sauvé. Dans le cas ici présenté, il semble peu vraisemblable que le nourrisson ait survécu un mois sans s’alimenter et sans boire dans sa sépulture. En revanche, il est bien plus raisonnable d’imaginer que les parents ont obtenu la complicité du curé pour exhumer le corps de leur enfant, le faire passer pour vivant et obtenir ainsi son baptême.

 

Cette croyance, mais aussi la très forte mortalité infantile, expliquent la pratique qui consiste à baptiser le nouveau-né le jour même de sa naissance, en conformité avec les commandements canoniques et royaux imposant un délai inférieur à quarante-huit heures pour l’administration des sacrements. D’autres pratiques existent, comme par exemple l’ondoiement administré en cas d’urgence par un laïc ou le recours, dans certaines régions, aux sanctuaires à répit, où les parents demandent aux saints la résurrection de l’enfant le temps du sacrement.

 

Nous ne savons pas pourquoi ce certificat a été recopié dans le registre de Notre-Dame-de-Cenilly. Peut-être s’agit-il d’un fait divers qui a marqué le curé ? Peut-être ce dernier avait-il des liens avec la paroisse de Villers-Saint-Benoît ?

 

À l’instar de ce certificat, certains registres sont très riches d’informations et d’anecdotes, puisque s’y trouvent parfois consignés les faits marquants de l’année, tant du point du vue local que national, des notes sur la météorologie, des abjurations de protestants, des obits (messes pour les morts), des actes relatifs aux fondations, aux confréries et même parfois des dessins. Les actes de sépultures témoignent des grands événements de l’histoire comme les épidémies, les guerres ou les révoltes, par exemple, celle des Nu-Pieds de 1639. Au-delà des informations généalogiques, ils sont donc une source importante pour la démographie historique, mais aussi pour l’histoire sociale, voire politique.

 

Jérémie Halais

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