Charles V et la guerre de Cent Ans dans la Manche
Le 30/03/2017 à 10h44 par Archives Manche
Résumé

En 1374, le roi de France, Charles V, confie à l’amiral Jean de Vienne la mission de reprendre le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, occupé par les Anglais. Après un siège de plusieurs mois, l’occupant accepte une convention de capitulation qui lui attribue une indemnité de 60 000 francs. Cette somme énorme est réunie en quelques semaines, à l’aide d’emprunts et de la levée d’un impôt forcé ; elle peut ainsi leur être versée le jour de leur évacuation, le 3 juillet 1375. Le document ci-dessous, acheté en vente publique à Cherbourg en 2003, se rapporte à cet emprunt dont on notera la rapidité du remboursement.

Charles V et la guerre de Cent Ans

 

En 1350, Jean le Bon, roi de France, hérite d’un royaume bien moribond. Après la bataille de Crécy, les troupes anglaises occupent Calais alors que se propage une épidémie de peste noire. Dans ce contexte troublé, le roi décide une augmentation des impôts qui fédère contre sa politique une coalition nobiliaire groupée sous la bannière de Charles II de Navarre (1332-1387) richement possessionné en Normandie. Afin d’apaiser les ambitions de ce dernier, le roi lui inféode, par les traités de Mantes (22 février 1354) et de Valognes (1355), le Cotentin de Cherbourg à Avranches. Mais ces possessions ne calment en rien l’appétit du Navarrais qui continue à conspirer et le 5 avril 1356, Jean le Bon ordonne son arrestation à Rouen. Cet événement soulève une nouvelle coalition composée de Godefroy d’Harcourt, seigneur de Saint-Sauveur-le-Vicomte, de Philippe de Navarre et d’Edouard III d’Angleterre. Leurs armées se mettent en marche et convergent vers la Normandie. Venue d’Aquitaine et menée par le Prince noir, le fils du roi d’Angleterre, l’une d’elle rencontre à Poitiers les troupes françaises qui subissent une cuisante défaite, le 19 septembre 1356. Durant ces combats de l’année 1356, Godefroy d’Harcourt est mort dans un engagement avec des soldats français passés par Saint-Lô. Sans héritier, celui-ci a légué ses possessions à Édouard III. Désormais, le roi d’Angleterre dispose d’une forteresse à Saint-Sauveur-le-Vicomte. À ses côtés, les Navarrais sont maîtres du Cotentin et de l’Avranchin, alors que des compagnies de routiers, les mercenaires démobilisés, saccagent le pays.

 

 

Quittance de remboursement d'une somme de trente francs prêtée par Olivier Dureaux à Fouquet Tribout, receveur de la finance levée dans le diocèse d?AvrancCollection des pièces isolées entrées par voie extraordinaire, 2 J 1325 - Parchemin, 20 X 7 cm, 1375

C’est à ces trois périls, l’ambition navarraise, la menace des routiers et l’occupation anglaise que doit faire face le jeune Charles V qui a succédé à son père à la tête du royaume, le 8 avril 1364. En tout premier lieu, il met un terme aux prétentions de la maison de Navarre et dès 1364, charge le capitaine de Saint-Lô, Henry de Thièville, de recevoir en son obéissance les sujets du roi de Navarre et de recueillir leurs serments de fidélité. En 1365, il commande à Bertrand Du Guesclin de mener en Espagne les routiers où une guerre de succession vient de se déclarer. Ce dernier est au service de la couronne depuis 1355 date à laquelle il est recruté par Pierre de Villiers, capitaine du roi à Pontorson. En 1360, le chevalier breton est nommé lieutenant du roi en Normandie par le Dauphin Charles avec lequel il s’est lié d’amitié en 1357. La guerre d’Espagne maintient les routiers loin de la Normandie jusqu’en 1368, date à laquelle, certains d’entre eux traversent de nouveau les Pyrénées.

 

Le parti navarrais affaiblit, les routiers éloignés, Charles V doit encore compter avec les garnisons anglaises qui occupent le royaume dont plusieurs places en Normandie. Or, l’année 1369, lui fournit un excellent prétexte pour reprendre la guerre contre Édouard III et son fils, le Prince Noir. Ce dernier, à la tête de l’Aquitaine, participe à la guerre d’Espagne pour laquelle il a levé plusieurs impôts. C’est justement cette politique fiscale très critiquée qui pousse de grands seigneurs gascons à demander l’arbitrage du roi de France dans le différent qui les oppose au Prince de Galles. Charles V accepte de recevoir leurs appels démontrant ainsi qu’il conserve, malgré le traité de Calais, la souveraineté sur l’Aquitaine. La guerre tourne à l’avantage des Français qui désormais disposent d’une armée efficace commandée par des chefs prestigieux tels que Du Guesclin, nommé connétable de France en 1370. Autre grand chef militaire, l’amiral Jean de Vienne est chargé, en 1374, de mettre le siège devant Saint-Sauveur-le-Vicomte.

 

En 1380, la Normandie est presque entièrement sous le contrôle royal. Seuls Cherbourg et le Cotentin demeurent occupés par les Anglais au-delà d’une frontière gardée par les places françaises telles que Saint-Sauveur-le-Vicomte, Montebourg, le Pont-d’Ouve, Carentan et Saint-Lô. Le sursaut de la monarchie française est stoppé par la mort du connétable Du Guesclin et de son roi Charles V.

 

Jérémie Halais

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